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Le numérique à l'école : Un cimetière d'illusions perdues ?

Le numérique à l'école : Un cimetière d'illusions perdues ?

Il y a 20 ans les nouvelles technologies semblaient être la solution à tous les problèmes éducatifs en France. A l'époque, seulement 11% des familles d'élèves scolarisés avaient accès au web à la maison. Les choses ont profondément changé depuis dans l'hexagone puisque l'on avance le chiffre de 89% des ménages ayant accès à internet (2018). Alors qu'en est-il du numérique à l'école ?  Nous relançons le débat.

Au sommaire

Un peu d'histoire

Nous sommes en juin 2000. La France est en pleine cohabitation (Chirac - Jospin) et le ministère de l'éducation a de très ambitieux plans pour le numérique à l'école. L'enjeu était de taille puisqu'il y avait déjà eu un plan "Informatique pour tous" en 1985 qui s'était soldé par un énorme fiasco. L'usage du web à l'école était en train de se consolider avec 57 % des élèves utilisant internet au CDI et 30 % dans une salle de cours d'après la revue sciences humaines

Nous sommes quinze plus tard et le gouvernement socialiste ainsi que les experts concluent qu'une métamorphose de l'école est en cours. On calcule qu'en 2020 les élèves auront progressé grâce à la méthode d'apprentissage dite STEM : S-pour les Sciences, T-pour les Technologies, E-pour Engineering et M-pour les Mathématiques. En 2015, on annonçait aussi une généralisation du AVAN (Apportez votre appareil numérique) à l'école. Selon les experts, les enfants seraient plus autonomes en 2020 grâce à la culture du Maker, à un apprentissage personnalisé grâce aux plateformes informatiques, aux lunettes avec réalité augmentée et aux montres intelligentes.

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Apprendre / © Bas Nastassia / Shutterstock.com

Nous sommes en janvier 2020. L'école de la République applique en ce moment un nouveau plan numérique sobrement nommé "Le numérique au service de l'Ecole de la confliance". Annoncé par le ministre Jean-Michel Blanquer (voir ci-dessous), il s'agit de faire du numérique l'un des leviers de la politique éducative qu'entend mener la présidence Macron. Pour cela, l'Education Nationale va mieux protéger les élèves devant les menaces en ligne, proposer des innovations pédagogiques, donner plus de moyens aux enseignants et mieux former le corps enseignants aux défis de demain.

De quoi parle-t-on au juste ?

Laissons de côté un instant les annonces des hommes politiques de tout bord sur le numérique à l'école. Comme je viens de le rappeler, il y a de quoi rire dans un pays où un ancien président en exercice se demandait devant les caméras si ce qu'il avait entre les mains était un mulot...

Nous devons le reconnaître. Les enseignants sont bombardés de consignes où on leur demande d'introduire le numérique dans les salles de classe voire de s'ouvrir à "la culture numérique". Le ministère de l'éducation expérimente même l'évaluation assistée par ordinateur, la numérisation des copies voire des formations enseignantes pour préparer les enfants au "futur numérique".

Il me semble qu'il y a là un usage vide du langage de la part de nos décideurs ainsi qu'une mauvaise compréhension de ce qu'est l'enseignement assisté du numérique. Tout d'abord, utiliser le numérique dans une salle de classe n'a rien à voir avec un "enseignement numérique". Ce n'est pas la même chose d'utiliser un iPad pour s'entraîner à faire un exercice expliqué et corrigé par l'enseignant que donner un iPad à un enfant et lui dire "trouve la réponse par toi-même et suit ton intuition". Il n'est donc pas rare de voir des enseignants comme Christophe Cailleau critiquer ouvertement la place du numérique à l'école et dénoncer l'engouement pour une éducation 2.0 que l'on vend à coup d'arguments marketing. Il y a donc un problème de définition qui explique que l'on promet des choses depuis des lustres dont on ne maîtrise pas les contenus.

Revenir aux fondamentaux avec le numérique en support

Personne ne va nier que les enfants sont davantage exposés aux images que nous à leur âge. Personne ne peut nier qu'il existe des phénomènes d'addiction aux écrans ou que les parents collent leurs mômes devant un iPad lorsqu'ils sont fatigués et n'en peuvent plus. J'insiste : le problème n'est pas le numérique en soit mais la non reconnaissance des effets cognitifs de son usage chez l'être-humain. L'état de récepteur devant autant d'informations (peu importe le type d'écran) est un défi beaucoup trop grand pour les enfants s'ils ne sont pas accompagnés. Ils se noyeront alors très vite devant le flux d'informations car leur cerveau n'est pas préparé à recevoir autant de données simultanément.

On ne peut réfléchir à la place du numérique à l'école que si l'on cherche des solutions pour remédier à ce problème. Une première piste pourrait être la gestion du temps scolaire et l'aménagement de plages horaires spécifiques où l'on utilise des supports numériques. Il est vrai que la technologie a révolutionné notre rapport au temps et à l'instant. En 2000, on envoyait des lettres et on attendait une réponse qui pouvait durer 2 jours. Maintenant, on demande la même chose par messenger et on reçoit une réponse dans la seconde. Les enfants d'aujourd'hui vivent de ce fait dans la société de l'instant. Mais cela ne veut pas forcément dire qu'ils arrivent à être plus concentrés. Le numérique peut certes aider à développer l'attention chez l'enfant, mais la consolidation de l'attention en classe (on apprend aussi à se concentrer) se fait sous l'emprise de l'autorité du maître ou de la maîtresse.

Un autre point où l'on voit que "le numérique au service de l'Ecole de la confiance" peut sonner très faux est la question de la formation des enseignants. Ce n'est pas parce que l'on va donner  les "clés numériques" aux enseignants qu'ils vont réussir par magie à créer de nouvelles pédagogies. Donner aux enfants les moyens de voir, toucher ou apprendre est une excellente chose. Mais la difficulté pour l'élève reste sa capacité à écouter et prendre des notes afin de comprendre ce qu'il a sous les yeux. Rien ne dit que la suppression des cours magistraux, où les enfants sont en situation d'écoute active, finira par favoriser la compréhension. Les expérimentations que l'on peut faire à l'aide du numérique sont absolument géniales. Mais un enfant a besoin d'un cadre sinon il ne comprendra jamais le sens de l'activité qu'il réalise.

Accompagner l'élève signifie cheminer avec lui et pas uniquement l'encadrer. Favoriser l'autonomie avec le numérique est quelque chose de très bien. Néanmoins, cela n'a de sens que si l'élève comprend pourquoi il va à l'école et surtout pourquoi il utilise des supports numériques. Et, il n'y a que l'enseignant qui peut lui expliquer cela (les parents aussi bien sûr, mais c'est différent). Si les enfants ne comprennent pas pourquoi telle ou telle activité est réalisée devant un ordinateur ou avec un iPad, leur attention et motivation vont forcément baisser. Ils seront en effet perdus car ils n'auront aucun repère ni aucun objectif concret. 

Les jeunes sont invités à être plus autonomes et le numérique est un outil pour atteindre cet objectif. Mais il faut les accompagner et cet accompagnement passe forcément par un vilain "gros mot" que beaucoup appelle "l'autorité de l'enseignant". 

Petit quiz rapide : à quel homme politique fais-je référence ? Que pensez-vous du numérique à l'école ? Laissez-nous vos commentaires.

Source : Mflmonde.org

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13 Commentaires

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  • Konsau depuis une semaine Lien du commentaire

    Comme toujours, on a de grandes ambitions, mais sans y mettre les moyens nécessaires, c'est l'échec assuré. Avec le cortège de gaspillage d'argent, de temps, de frustration, etc.


    • Spécialité française 😉 Comme disait Coluche, "on a les meilleurs hommes politiques français du monde" 😁 Ils ont fait les plus grandes écoles, où l'on leur a appris à mentir à la perfection et à dilapider des milliards qui ne sont pas les leurs et qu'ils ne possèdent même pas. Nous ne tenons d'ailleurs encore debout que grâce au trou abyssal de la Dette, que nous creusons chaque semaine un peu plus de plusieurs milliards. Là encore, comme disait Coluche, "Les technocrates, si on leur donnait le Sahara, dans 5 ans, faudrait qu'ils achètent du sable ailleurs". Tout est dit. 😉


      • Luna depuis une semaine Lien du commentaire

        On pourrait ajouter qu'ils sont formés dans des écoles très sérieuses et de grandes renommées pour au final s'envoyer des sextapes comme des amateurs qui ont cru à cette légende urbaine où "ce qui passe sur son iPhone reste sur son iPhone " 😂


      • Oui mais un humain reste un humain, et un homme encore plus. 😁 N'oublie pas qu'un homme possède deux cerveaux, un dans la tête et un autre dans la...tête chercheuse. 😁 Celle qui n'a pas compris ça, n'a pas compris ce que sont la plupart des hommes.


      • Luna depuis une semaine Lien du commentaire

        Une avocate qui devrait savoir que le Revenge Porn, c'est deux ans de prison et 60000€ d'amende et que ce n'est pas à la victime de subir ce lynchage public si on veut mettre fin à ce chantage !!


      • L'avocate est en réalité sa femme, on ne sait pas encore avec certitude qui est la maîtresse à qui étaient adressées ces vidéos, mais elle pourrait apparemment être une connaissance de Juan Branco, l'avocat du Russe impliqué dans l'affaire. Ça pourrait être une grosse manipulation ourdie par l'extrême-gauche pour faire échouer LREM à l'élection municipale de Paris. Quel bordel...

        Moi aussi j'ai une maîtresse...de primaire ! 😂


  • Excellent article dont je partage les analyses à tous les niveaux.

    Ma femme est enseignante dans le primaire avec 25 ans d'ancienneté, je connais donc bien le sujet.

    1- Le numérique à l'école : l'établissement dans lequel enseigne ma femme a reçu en 2015 une douzaine de tablettes (Huawei en collaboration avec Orange) dans une belle valise pour les recharger toutes ensemble, l'idée était bien pensée. Mais c'est la suite qui s'est révélée moins au point. Nano-formation express de quelques minutes dont tout a été aussitôt oublié, tant c'était complexe. Résultat : les applications Orange spécifiques étaient des "usines à gaz" et personne ne s'en est jamais servi. Les seuls usages faits de ces tablettes depuis 2015 ont été d'aller sur Internet sur des sites souvent (bien) faits par des amateurs, dont le contenu était intéressant pour les élèves, d'apprendre aux élèves à créer des PowerPoint, d'apprendre à taper des textes (avec mise en page etc...) et d'apprendre à rechercher efficacement des contenus sur les moteurs de recherche. Et tout cela a été fait par qui ? Par les enseignants ? Ben non. Car ils n'avaient ni le temps, ni la formation nécessaires pour y arriver. C'est moi qui ai fait ce travail à leur place pour les aider, alors que ce n'était pas mon métier. Bref, comme d'habitude avec l'Etat français, on met la charrue avant les boeufs, on a mis des tablettes dans les mains de personnels qui n'avaient pas les compétences, ni reçu les formations nécessaires pour pouvoir les utiliser efficacement. Un flop complet. Et c'est sans compter le nombre de fois où j'ai dû dépanner les tablettes pour des problèmes techniques (liaison Wifi qui ne fonctionnait plus, etc...), les enseignants qui avaient voulu s'en servir seuls étant largués. Sans moi, les tablettes auraient terminé leur existence au fond de leur boite au bout de quelques semaines. Ça peut paraître fou, mais c'est pourtant la stricte réalité. Et, comme disait Coluche, "vous marrez pas, c'est avec votre pognon"...

    2 - Les élèves : beaucoup à été dit dans l'article, il y aurait tant à dire ! Les élèves de 2020 n'ont plus rien à voir avec ceux d'il y a 25 ans, qui eux-mêmes n'avaient déjà plus rien à voir non plus avec ceux de 25 ans plus tôt. Aujourd'hui, les élèves souffrent d'un énorme déficit d'attention, les maintenir concentrés sur un sujet tient du miracle ! Ils ne connaissent plus de limites, les parents ne leur en inculquant plus, les profs ayant été castrés et n'étant plus autorisés à user de l'autorité qui serait en principe nécessaire pour pouvoir tenir leurs classes. Les élèves d'aujourd'hui sont comme des chiens fous, des herbes folles que tout le monde laisse pousser sans les tailler. Le résultat dans les classes est souvent catastrophique et choisir le métier d'enseignant en 2020 est juste suicidaire, d'où la crise des vocations et le recrutement en forte diminution. Tu m'étonnes... Il faut dire que faire Bac+5 pour se faire "cracher à la gueule", il y a plus motivant. Les gens n'imaginent pas ce qui se passe dans les écoles, c'est du délire. Et je passe sur les notes qui sont artificiellement gonflées pour ne pas nuire aux statistiques nationales, quitte à mentir, à corriger les notes des profs dans leur dos lors des examens comme ceux du Bac. Etc etc... L'Education Nationale est comme le Titanic, un gigantesque navire en train de couler, pendant que son orchestre administratif continue à jouer comme si de rien n'était.

    Je n'ai pas hâte de voir l'école de demain et d'après-demain... Et je plains tous les employeurs qui devront se fader ces élèves qui n'auront jamais appris la frustration, ni le "non".

    Il y aurait plein d'autres choses à dire sur le sujet, mais je n'ai malheureusement pas le temps de le faire.


    • Luna depuis une semaine Lien du commentaire

      Tu n'as hâte de rien, tu es un néoplatiste qui n'a pas de problème avec le climat et qui va refiler une poubelle à tes gosses en les accusants que c'est de leurs fautes car c'était mieux avant.


      • Et si tu allais plutôt faire la leçon aux pays les plus pollueurs, comme la Chine, l'Inde etc... ?

        Par ailleurs, qui vante sans arrêt les promotions commerciales et contribue à la pollution de la planète ronde comme un ballon ?

        Bref, balaie déjà devant ta porte... 😏


      • Luna depuis une semaine Lien du commentaire

        Devant ma porte on crève de faim sans travail et sans argent pour consommer, tu veux vraiment savoir comment c'était mieux avant avec tes amis prêt à égorger le monde pour leurs plates idées... Oups, mais rien a changé ♋


      • Mes amis ? Quels amis précisément ? 😂
        On t'a changé ton traitement ou quoi ? 😂


      • Luna depuis une semaine Lien du commentaire

        Je ne sais pas, tu vas me l'apprendre on dirait.


  • Luna depuis une semaine Lien du commentaire

    Je pense que l' Internet Safer Day a commencé le 11 février, sur le thème de " l'écran , les autres et moi"

    ◾ L'écran pour une place à redéfinir où je cite " la place des écrans en famille, dans la fratrie, entre amis, le temps passé devant les tablettes, les téléphones ou les consoles."

    ◾Les autres et moi pour la maîtrise des données personnelles de ses enfants, des nôtres aussi , pour qu'ils apprennent à se protéger des autres, du harcèlement et même du Revenge porn qui fait déjà tant de mal au Collège .
    Sur ce qu'on a le droit de dire et sur ce que l'on ne doit surtout pas partager.

    Alors du coup, ce que je pense c'est qu'à vouloir toujours mettre en avant Apple sur Android, iPad sur les tablettes, on en oublie que pendant ce temps, nos enfants se font lyncher publiquement et sur tous les OS, c'est peut être par là que devrait commencer l'éducation numérique.

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