Nous utilisons des cookies sur nos sites web. Des informations sur les cookies et sur la manière dont vous pouvez vous opposer à leur utilisation à tout moment ou mettre fin à leur utilisation sont disponibles dans notre Déclaration de protection des données.

6 mois sans Facebook (et Instagram et WhatsApp) : suis-je vraiment plus heureux ?

6 mois sans Facebook (et Instagram et WhatsApp) : suis-je vraiment plus heureux ?

Lorsque j'ai annoncé vouloir abandonner totalement Facebook, beaucoup de gens m'ont dit que "c'est quasiment impossible" mais que "si on y arrive, on redécouvre la vie", que cela entraîne un "changement radical des habitudes".  Plus intéressant encore : "tu seras plus heureux et profiteras davantage de la vie". Moins par curiosité que par envie d'abandonner cette entreprise qui me fait horreur, j'ai donc laissé tomber Facebook, Instagram et WhatsApp et en ai tiré quelques leçons. 

Pourquoi abandonner les services de l'entreprise Facebook ?

Un simple coup d'oeil sur l'actualité technologique de ces derniers mois (ou devrais-je dire années) permet de vite trouver des réponses à cette question. Voici grosso modo les raisons qui me motivent à boycotter Facebook mais attention, cela ne concerne que moi vous ne vous retrouverez peut-être pas dans ces propos. 

  • Il faut se méfier des grandes entreprises : difficile d'oublier que Facebook est l'un des plus grands géants du monde de la tech. À l'instar d'autres géants, Facebook fait de l'optimisation fiscale, fait tout pour rendre ses utilisateurs accro (rien de trop difficile pour cela) et n'hésite pas à profiter de leur naïveté. C'est ce que font les entreprises, direz-vous avec justesse, mais ce n'est pas joli joli et je ne tiens pas à cautionner cela, tout comme je ne cautionne pas Google, Apple etc. 
  • Facebook est une mine à données privées (et elle a déjà explosé plusieurs fois) : à moins de ne pas du tout avoir suivi l'actualité ces dernières années, vous savez probablement que Facebook a eu beaucoup de déboires. La vie privée est un thème qu'il n'a pas pris au sérieux pendant trop longtemps et, avec ses pratiques et son passé, ne convainc absolument en disant que les choses vont changer. Ces données sont bien entendu partagées, ne l'oublions pas non plus.
  • Facebook a eu des pratiques assez douteuses : outre l'idée de rendre ses utilisateurs accro, d'inventer des stratagèmes sophistiquées pour obtenir plus d'infos (l'analyse des likes par exemple) et d'avoir préservé le flou sur ses pratiques, il a encouragé les développeurs de jeux à permettre aux jeunes de dépenser de l'argent sans la permission de leurs parents ou encore acheté les données de certains adolescents. C'est légal, mais c'est 'moche'.
  • Facebook manque de sérieux techniquement : les piratages et autres boulettes techniques posent problème. L'affaire Cambridge Analytica a montré que ne pas prendre certaines choses au sérieux peut entraîner de grandes choses. Il y a bien entendu eu aussi les nombreuses fois où les services (WhatsApp, Instagram et Facebook lui-même) ont cessé de fonctionner pendant plusieurs heures, où un enfant de 10 ans a trouvé une faille il y a quelques années et où une autre faille a causé bien plus de problèmes par la suite. Il essaye de réagir, mais il y a encore beaucoup de travail.
  • Le réseau social Facebook est une perte de temps considérable : il y a beaucoup de manières d'utiliser Facebook. On peut y organiser des événements, parler à ses amis, parler à des étrangers, vendre des choses, y passer ses journées à lire des informations, etc. Malheureusement, on y perd aussi souvent notre temps avec des futilités qu'on oublie parfois même quelques heures après (qui se rappelle de toutes les vidéos de chats regardées dans la matinée ?) et que FB aime nous mettre sous le nez pour nous faire rester / revenir.
  • Facebook n'arrive pas à garder son réseau social sous contrôle : ce Dr Frankenstein moderne peine à contrôler tout ce que son monstre entraîne. De la propagation de la haine à la pédophilie, en passant par des fake news et des théories du complot, de la manipulation politique, des arnaques de toute sorte, etc.

En bref, les problèmes viennent essentiellement de l'entreprise derrière les 3 services. Je ne dis pas que tout a été facile pour Facebook, mais pour une entreprise de cette taille et avec de tels moyens il aurait pu faire beaucoup mieux. Les anciens patrons de WhatsApp sont également de cet avis, ils ont d'ailleurs quitté l'entreprise car ils étaient en désaccord avec la ligne que suit Facebook.

Certaines personnes m'ont dit "ce n'est pas en supprimant ton compte que tu feras une différence". C'est probablement vrai, tout au moins individuellement car si tout le monde le faisait cela aurait des conséquences, mais au final l'important n'est pas les conséquences que cela peut avoir sur Facebook mais plutôt celles que cela peut avoir sur l'utilisateur.

AndroidPIT Facebook app vs facebook lite
Non merci. © AndroidPIT

Un défi vraiment difficile à relever ?

Je suppose que beaucoup d'entre nous, et surtout les jeunes, utilisent intensément au moins l'un des trois services de Facebook (si ce n'est les trois), donc un potentiel de boycott de Facebook se résume à abandonner trois services très distincts. Lorsque l'on n'utilise pas ces services, cela paraît facile mais lorsque l'on a pour habitude de les utiliser plusieurs fois par jour c'est compliqué.

En ce qui me concerne, j'utilisais assez peu Facebook/Messenger et Instagram mais j'utilisais énormément WhatsApp, donc c'est l'abandon de ce dernier qui a été le plus compliqué pour moi. Notez que j'utilise toujours le réseau social mais à des fins uniquement professionnelles (je ne sors pas de la page d'AndroidPIT), car il est désormais impossible d'administrer une page sans utiliser un compte, voilà un bon moyen de forcer chaque membre d'une entreprise à avoir un compte (à moins d'accepter de tous partager le même). 

Quoiqu'il en soit, il a non seulement fallu remplacer WhatsApp par une nouvelle appli de messagerie instantanée mais aussi demander aux contacts de basculer sur une nouvelle application, heureusement personne n'a fait d'histoires (même mon collègue Pierre l'a fait sans rougagner). Ce ne sont pas les alternatives qui manquent, de Telegram à Signal, à peu près tout est mieux que Facebook.

Facebook 04
C'est loin d'être un champion dans la sécurité. © Ink Drop/Shutterstock

L'inconvénient (ou l'avantage, c'est selon), c'est lorsque pour une quelconque raison vous devez communiquer avec quelqu'un qui utilise WhatsApp, Messenger et/ou autre application de messagerie autre que la vôtre. Par exemple, ma collègue Silvia voulait m'envoyer un message pour me dire ce qu'elle pensait du dernier épisode de Game of Thrones, elle m'a demandé "je te l'envoie où ?", et cette question à elle seule montre le problème. "Facebook ? Insta ? WhatsApp ?", me demande-t-elle. Au final, le message sera envoyé sur Slack, la messagerie instantanée que nous utilisons au travail. Ce genre de situations s'est produit à de nombreuses reprises, généralement cela s'est terminé avec un email et cela ne me dérange pas le moins du monde, cela pousse les messages à être clairs, nets et précis, au lieu d'être courts et sujets à une longue conversation qui n'est pas forcément toujours nécessaire.

Les conséquences ne sont pas flagrantes

Vous trouverez ci-dessous quelques uns des points les plus abordés dans les articles du type "j'ai arrêté Facebook, voici ce qui a changé". Ils visent généralement le réseau social mais je vais généraliser ceci aux deux réseaux sociaux de Facebook ainsi qu'à sa messagerie WhatsApp. 

  • J'ai plus de temps libre : NON
  • Je passe plus de temps avec mon entourage : OUI & NON
  • Je socialise davantage : NON
  • Je perds moins mon temps : NON
  • J'ai de nouveaux hobbies : NON
  • J'ai appris à mieux utiliser mon imagination : NON
  • Je fais moins de procrastination : NON
  • Je dors mieux : NON
  • Je me sens moins "espionné" : OUI
  • Je me sens moins manipulé : OUI

Comme vous pouvez le voir, il y a beaucoup de non. Si arrêter d'utiliser le réseau social Facebook ou l'ensemble de ses services et si vous ne les utilisez pas à des fins personnelles (pour la promotion de contenu, pour l'entretien d'image parce que vous êtes célèbre, etc), c'est qu'il était vraiment temps d'arrêter. Pour ce qui est de la gestion du temps, l'utilisation des services est tout simplement remplacée par d'autres choses donc le temps libre gagné est au final utilisé dans d'autres activités. Ceci dit, si vous passez des heures chaque jour sur Instagram ou sur Facebook, la présence de plus de temps libre sera bien plus flagrante.

La "perte de temps" est un élément intéressant à analyser car cela relève de la discipline personnelle : en théorie vous pouvez arrêter de perdre du temps à communiquer inutilement ou à vous perdre sur des réseaux sociaux en lisant ou en regardant des photos/vidéos pas forcément intéressantes, mais en pratique vous pouvez tout simplement continuer à faire cela ailleurs (Google, Reddit, Twitter etc). 

Androidpit facebook at work 0417
Vos donnés, avec ou sans compte Facebook ? © ANDROIDPIT

Si vous décidez d'abandonner les services de Facebook c'est probablement parque vous n'appréciez guère les nombreuses intrusions du géant de la tech dans votre vie privée, son incessante analyse de vos actions, de vos données personnelles etc. Y échappe-t-on alors totalement en ne l'utilisant plus ? Il entre moins dans votre vie privée mais il continue malheureusement à vous suivre à cause de la présence de boutons J'aime sur la plupart des pages web.

En ce qui me concerne, je suis ravi de ne plus de voir sur Facebook ou dans des groupes WhatsApp à chaque heure de repas les photos de ce que mes contacts mangent. Je n'ai plus à voir sur le réseau social des propos racistes déguisés en pseudo vérités socio-économiques qui me donnent la nausée, d'innombrables insultes, des "blagues" sexistes et disputes de toutes sortes, le tout en commentaires sur des articles qui, la plupart du temps, n'ont même pas été postés par mes contacts. Au niveau de la messagerie instantanée, je parle avec moins de personnes mais au final ce n'est pas plus mal car avec la plupart des autres les conversations se résumaient souvent à un lien et une réponse en émoji. Je téléphone également davantage, ce qui va à contre-courant de notre époque où les communications se font de plus en plus à l'écrit.

Facebook est un leader dans le domaine de la communication, ce qui signifie qu'il joue malgré lui un rôle majeur dans la diffusion de la haine, du racisme, de la pédophilie et de bien d'autres choses qu'on aimerait voir disparaître. S'en priver est en réalité un premier pas vers un univers avec moins de haine, mais on n'est pas à l'abri de la voir ailleurs (souvent dans les commentaires ou même les vidéos YouTube, pour ne citer qu'un exemple, on retrouve bon nombre de ces problèmes). De plus, dans cette perspective, cela revient un peu à se voiler la face car les problèmes existent toujours sur la plateforme, c'est tout simplement qu'on ne les voit plus.

Atteindre le bonheur dépend de vous

Est-ce qu'abandonner le réseau social Facebook, WhatsApp et Instagram rend vraiment heureux, comment le disaient les jeunes au Guardian voilà encore quelques années ? C'est ce que l'on peut lire un peu partout sur Internet, surtout si l'on en croit tous ceux qui ont passé plusieurs semaines ou mois sans le réseau social et qui en sont fiers comme s'ils avaient gravi l'Everest. Sans vouloir entrer dans un cours de philosophie, la réponse dépend véritablement de ce que représente pour vous le bonheur, mais ce qui est certain c'est que si vous enlevez de vos habitudes quelque chose que vous utilisiez tout le temps il y a bien sûr des conséquences. Je vous invite à lire cet article (en anglais) sur les réseaux sociaux et le bonheur pour creuser davantage le sujet du bonheur et des réseaux sociaux.

La grande question est surtout de savoir comment vous allez remplacer les services que vous abandonnez. Si vous arrêtez de passer 5 heures par jour sur Facebook et les passez maintenant sur Twitter, vous passez tout simplement d'un système à un autre avec ses qualités et ses défauts. C'est à chacun de déterminer comment atteindre le bonheur, ce qu'il faut changer, les applications qu'il faut utiliser et la manière d'y interagir. L'idée, surtout pour les personnes les plus accro, est de prendre de la distance, de communiquer de manière plus efficace (et probablement moins fréquente) et de perdre moins de temps inutilement. C'est là que Facebook a bien joué sa carte : beaucoup d'utilisateurs ont été convaincus que leur bonheur se trouve dans ses services, alors pourquoi en partiraient-ils ?

Articles recommandés

7 Commentaires

Ecrire un nouveau commentaire :
Tous les changements seront sauvegardés. Aucun brouillon n'est enregistré pendant l'édition
Ecrire un nouveau commentaire :
Tous les changements seront sauvegardés. Aucun brouillon n'est enregistré pendant l'édition

  • Bonjour, moi aussi je suis partis de tous ça, à cause de tous cette haine devercer gratuitement pour faire du buzz. Aujourd'hui ça doit faire 1 ans et je m'en porte très bien. Par contre il y a des réseaux qui ont des protocoles de suppression très compliqués voir inexistant.


  • il faut juste de ne pas être un faible d'esprit et tout ce passe bien...


  • Je l'ai fait y'a un peu plus d'un an, et après j'ai coupé aussi tous les autres "réseaux sociaux" motivé par le ras le bol de voir des idées horribles circuler. Ça fait bizarre au début, ça manque, mais aujourd'hui je me sens quand même mieux et moins pollué par des idées nauséabondes.


  • ça dépend de la définition du bonheur.
    Loin de vos amis, vous passerez du temps à les contacter et eux vous ignoreront dans leurs activités.
    Déjà bien avant, les informaticiens, les vrais, n'ont eu de cesse de dire que l'informatique n'est qu'un outil pour mener à bien des projets et automatiser des tâches.
    Aujourd'hui, il faut garder à l'esprit que les réseaux sociaux sont un espace de communication, autant que la cour d'école, la cantine...
    Et les applis telles que Facebook, Instagram... ne sont que des outils pour se rapprocher des gens avec qui on est en relation effective ou potentielle, voire celle qu'on a a prévu de rencontrer dans la vraie vie.
    Il faut arrêter de diaboliser ce qui ne sont que des réseaux et apprendre à s'en servir activement, en maitriser les bases pour ne pas tomber dans nos travers, apprendre à réagir pour circonscrire ou empêcher les problèmes.
    C'est comme pour la route, il y a des codes, des règles tacites que chacun doit respecter et faire respecter autour de lui, ne pas laisser tomber, expliquer au lieu de jouer perso.


  • S'il s'agit de 'refaire le monde' en mieux ou au moins d'analyser comment il change, le livre de Scott Galloway, "The Four : le règne des quatre, la face cachée d'Amazon, Apple, Facebook et Google" (en français chez Quanto) est une approche réjouissante.

    Cet universitaire étasunien avec un esprit plutôt anglo-saxon possède une vision rafraîchissante et surprenante des quatre entreprises qui dominent notre monde numérique. Si les premières dizaines de pages sont plutôt convenues puisque le corpus date de 2017, le développement concernant les GAFA est bien plus surprenant.

    Je le conseille à toute personne qui suit cela de près 😉


  • Luna depuis 4 mois Lien du commentaire

    Je suis complétement de cet avis, quand passer du temps derrière un PC c'est du travail alors que derrière un smartphone c'est de l'addiction , quand on filtre les films que regardent ses enfants de moins de 13 ans à la TV et qu'en même temps on les autorise à installer Snapchat pour y visionner les vidéos éphémères des parties génitales de leurs camarades de classes...Il y a beaucoup trop partout de maljugés en plus des préjugés.

Ecrire un nouveau commentaire :
Tous les changements seront sauvegardés. Aucun brouillon n'est enregistré pendant l'édition