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6 min de lecture 4 Commentaires

A qui profiterait réellement la réforme sur la neutralité du net ?

La neutralité du net est l'un des grands sujets high-tech du moment. Les USA risquent de voir leur rapport avec Internet changer avant la fin de l'année, mais au final, qui profitera de tous ces changements ? L'Europe doit-elle se méfier ? Nous vous expliquons tout.

Préambule

Toute l’histoire a commencé en 2002 lorsqu’un professeur américain, Tim Wu, s’intéressait aux nombreuses facettes d’Internet. Il avait conclu que tout le monde devrait être en mesure de l’utiliser comme il le souhaite, dans la mesure où les lois sont respectées. Il a rapidement vu une difficulté : plus il y aura d’utilisateurs, plus il faudra des ressources pour leur permettre de faire ce qu’ils désirent faire. Les fournisseurs d’accès, c’est à dire ceux qui mettent le réseau à la disposition des utilisateurs, ont donc de grosses dépenses. Par conséquent, il a fallu trouver une méthode pour les financer, ce qui a abouti par des tarifs sur la vitesse. Plus vous voudrez un internet rapide, plus vous devrez payer. Bien entendu, chaque FAI propose également son lot de services avancées.

Depuis, les choses ont évolué. Dans un contexte politique et économique, le PDG de la célèbre organisation FCC a décidé de proposer une véritable révolution : l’abandon de la neutralité du net.

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Les géants d'Internet voient ces changements d'un très mauvais oeil. © ANDROIDPIT

La neutralité du net : en bref, qu’est-ce que c’est ?

Les principes de Tim Wu ont été adoptés : les utilisateurs d’Internet ont tous les mêmes droits. Vous pouvez regarder n’importe quelle chaîne de télévision inclue dans votre abonnement, ou vous rendre sur n’importe quel site. Dans une perspective économique, vous êtes un client comme les autres. Dans une perspective juridique, vous êtes un utilisateur comme les autres, peu importe les services et le nombre de données que vous utilisez. Hormis votre utilisation, rien ne vous distingue des autres utilisateurs.

C’est justement ce que compte changer la FCC : les internautes ne seront plus des utilisateurs comme les autres, leurs droits sur la toile ne représenteront plus un concept universel. Selon Ajit Pai, porte-parole de la FCC dans cette campagne, ceci permettrait des investissements et ouvrirait la voix à l’innovation ainsi qu’à la création d’emplois.

Pourquoi les choses ont-elles changé ?

Barack Obama était un fervent défenseur de la liberté du net. En 2015, il avait mis en oeuvre une réforme qui va dans ce sens, mettant une sévère épine dans le pied des fournisseurs d’accès et opérateurs car cela nuit notamment à leur compétitivité. Malheureusement pour lui, son successeur ne partage pas sa vision des choses et a décidé de faire table rase du passé.

Le président des Etats-Unis affiche très clairement sa position contre la neutralité du net, certains y verront d’ailleurs un pied de nez à son prédécesseur puisqu’il revient sur une réforme qui lui tenait à coeur. Nous en saurons davantage en décembre après les votes, mais quoi qu’il en soit la France et, de manière plus générale l’Europe, ne devraient pas adopter aussi facilement une telle mesure puisque l'ORECE est loin d’être partisan de cette idée, il fait au contraire l’apologie de la neutralité du net. Il est vrai qu'au Portugal, l'opérateur MEO "triche" un petit peu, tout comme le fait AT&T aux USA, en proposant pour 8 euros la possibilité de ne pas compter les données sur Netflix. Il sera intéressant de voir comment la situation va évoluer.

N’allez toutefois pas penser que cette affaire n’est qu’une histoire de politique, bien au contraire.

Quels sont les gagnants ?

Le cheval de bataille des opérateurs et des FAI...

Vous l’avez probablement compris : les fournisseurs d’accès à Internet ont gros à gagner. Voilà déjà bien longtemps qu’ils rêvent d’avoir une plus grande marge de manoeuvre. AT&T le fait déjà plus ou moins avec le “zero rating”, habile technique qui lui permet de contourner la loi américaine en proposant certains services gratuitement aux utilisateurs et en facturant d’autres. En pratique, ceci lui permet bien évidemment de coiffer sur le poteau ses concurrents puisqu’il fait passer ses propres services au premier plan. Ainsi, sans neutralité du net, les entreprises pourront donc créer des packs pour faciliter l'accès à certaines données, par exemple un pack Facebook pour que les utilisateurs disposant du pack n'aient pas à payer de données pour se rendre sur le réseau social.

Il faut dire qu'Internet n'a pas rendu la vie des opérateurs et des fournisseurs d'accès particulièrement facile. Ces derniers voyaient les communications par Internet (par Skype, notamment) comme une véritable ombre à leur tableau, puis sont arrivées FaceTime et autres applications de conversations vocales en ligne. Pour ce qui est de la bande passante, les applications gourmandes en données telles que Netflix ou YouTube poussent les opérateurs à s'adapter en investissant davantage dans de meilleures installations.

Vous trouverez ci-dessous à quoi pourraient ressembler des offres après que la neutralité du net ait disparu.

... et de bien d'autres encore

Mais les fournisseurs d’accès et les opérateurs seraient loin d’être les seuls à pouvoir profiter de la situation. Beaucoup de gens (le responsable de la FCC, Ajit Pai, en tête), considèrent la neutralité du net comme une erreur et soutiennent ce projet. Les constructeurs de matériel (Qualcomm, notamment) voient cette réforme comme une possibilité de relancer la concurrence puisqu'ils auront plus de demandes de la part des opérateurs, ce qui se traduira à court ou moyen terme par l’innovation.

Beaucoup d'autres entreprises utilisent comme argument tous les problèmes dus à l'anonymat d'Internet. Certaines activités illégales (tels que le téléchargement) et bien d'autres problèmes pourraient théoriquement être rendus plus compliqués. 

Qui dit gagnants dit perdants

Bien entendu, l’utilisateur est au centre de l’histoire puisqu'il devient une vache à lait. Il perd sa liberté d'utilisation et devra probablement payer davantage. Les entreprises d’Internet qui ont un business plan basé sur la masse d’utilisateurs, vont se retrouver lésés. A moins de passer des contrats directement avec les FAI / opérateurs, ce qui implique bien évidemment un investissement dont ils souhaiteraient bien se passer, ces entreprises voient leur service toujours accessible mais pas forcément privilégié (si vous n'avez pas le pack Facebook vous devrez payer les données, par exemple).

Est-ce un moyen de calmer les ardeurs de ces entreprises qui ont peut-être parfois un peu trop la folie des grandeurs ? WhatsApp/Facebook par exemple s’en prend aux utilisateurs en proposant ses propres cartes prépayées.

Pensez-vous que les américains ont raison de vouloir supprimer la neutralité du net ?

4 Commentaires

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  • j'ai connu internet payant, FAI ainsi que les coms étaient payant, prix d'un appel local. Si internet devait redevenir comme en 1998, ils y auraient plus beaucoup de monde pour y aller


  • Franchement si ça passe c'est la fin d'une belle époque...



  • Comment pourrais t on être d'accord avec une chose pareil ? Les seuls perdants serait encore les consommateurs (pauvres). Ceux qui veulent mettre en place de tels chose n'aurons jamais de difficultés a payer un gros pack internet avec tous les services compris ! Mais les autres ???

    Le plus juste pour le financement de la bande passante puisque c'est la le principal problème des opérateurs, serait une participation des géants de la conso comme netflix, YouTube, Facebook, etc... Par exemple, si netflix voit que 20 % de sa conso vient de orange, 15 de free, 12 de sfr, 9 de Bouygues, etc et bien il reverse une somme au prorata de ses précédents chiffres pour le financement des équipements nécessaires pour faire fonctionner ses services auprès de ses opérateurs.
    Après tout cela parait logique, puisque plus netflix consomme de data, plus il a d'abonnés et donc plus de revenus, la ou l'operateur lui n'a pas plus d'abonnés a son offre et donc pas plus de revenus lorsque netflix gonfle...

    En gros, je trouve que ce que demandais Xavier Niel était plutôt juste lorsqu'il avait des problèmes de tuyaux avec YouTube.

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