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Comment le match USA vs Huawei montre que l'Europe peut aussi suivre sa propre voie

Comment le match USA vs Huawei montre que l'Europe peut aussi suivre sa propre voie

Les États-Unis et Huawei sont en conflit depuis près de deux ans. Deux années pendant lesquelles les États-Unis prétendent avoir trouvé de plus en plus de nouvelles "preuves" qui justifient l'interdiction de Huawei. Je pense que ce combat est très important et qu'il sera bénéfique pour nous sur le long terme. 

Sommaire

Si cela continue, on pourrait bien imaginer que le 13 février 2018 sera bientôt inscrit dans les livres d'histoire. C'est à cette date que le drame entre les États-Unis et Huawei a commencé. Des fonctionnaires du FBI, de la CIA et de la NSA ont uni leurs forces et conseillé aux entreprises américaines de cesser leurs activités commerciales avec Huawei et ZTE. La crainte était que la Chine, par l'intermédiaire de Huawei, ait la capacité "d'influencer ou même de contrôler l'infrastructure des télécommunications".

Le 15 mai dernier, Donald Trump a signé un décret stipulant que les entreprises de télécommunications américaines n'étaient plus autorisées à coopérer avec les entreprises chinoises. A peine quatre jours plus tard, la société mère de Google, Alphabet, mit fin à ses relations avec Huawei. Elle fut rapidement suivie d'autres entreprises comme Intel et Qualcomm. L'interdiction américaine frappa Huawei de plein fouet, certes - mais est-ce que le géant technologique chinois sera-t-il perdant à long terme ?

La paranoïa des États-Unis : quelle absurdité

Vous souvenez-vous de ces vieux films sur la Guerre froide ? Des films où le héros (naturellement américain) se battait contre de méchants espions soviétiques ? On pourrait presque avoir le sentiment que les actions menées par les États-Unis font que le pays entretiendrait des rapports de cette nature avec Huawei et qu'il aimerait être à nouveau un héros. Malheureusement, un héros plutôt incompétent. Mais je ne veux pas être injuste, car soyons réalistes : aucun pays n'aime être espionné et mis sur écoute.

La semaine dernière encore, le conflit entre les États-Unis et Huawei a éclaté à nouveau lorsque ceux-ci ont accusé le fabricant chinois d'utiliser des "portes dérobées" de son réseau téléphonique pour mettre ses clients sur écoute. Logiquement, Huawei a répliqué et déclaré que les États-Unis devraient apporter des preuves de tels agissements. Les États-Unis n'ont pas pu fournir de preuve. Cette histoire a été reprise par la presse le 11 février. Un jour plus tard, le journal allemand Tagesschau écrivait que le BND (Service fédéral de renseignement en Allemagne) et (surprise, surprise) la CIA "... avaient espionné plus de 100 États pendant des décennies en utilisant une société de cryptage".

Ne vous méprenez pas : je ne veux certainement pas prendre parti pour Huawei. Si les accusations étaient vrais, il s'agirait d'une atteinte massive à la vie privée. Lorsqu'un pays qui sanctionne les autres se présente comme un héros, il devrait peut-être d'abord commencer par nettoyer devant sa porte. 

En fin de compte, restons honnêtes : il n'y aura pas un seul pays qui n'interceptera pas les communications d'un autre. Cela se fera en suivant fidèlement la devise "la confiance, c'est bien, l'espionnage, c'est mieux". Maintenant que nous avons clarifié ce point, nous pouvons nous demander très franchement pourquoi les États-Unis lancent toutes ces accusations alors qu'ils espionnent eux-mêmes.

Il est important de mentionner que la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine a réellement démarré en janvier 2018. A l'époque, le président Trump avait augmenté les droits de douane sur l'importation de certains produits. L'accent avait été mis sur les produits qui étaient principalement fabriqués en Chine. La Chine avait alors réagi. Cela nous surprend-il vraiment que Huawei ait été déclaré l'ennemi public numéro un en février de la même année ? Enfin, pas moi, en tout cas. Après tout, Huawei est l'une des grandes entreprises chinoises et l'un des principaux constructeurs de smartphones. Si les États-Unis veulent frapper économiquement la Chine, ils le feront dans ce domaine.

Sommes-nous censés jouer les idiots maintenant ?

Oui, l'interdiction américaine a porté préjudice à Huawei. En mai de l'année dernière, les opérateurs britanniques, entre autres, ont annoncé qu'ils cesseraient temporairement de commercialiser les smartphones de Huawei. Car sans les applications et services de Google, les smartphones ne sont pas bien accueillis sur le marché occidental. En réalité, cette interdiction n'a pas fait tomber Huawei, mais a poussé l'entreprise à faire des développements internes. Avec des applications alternatives aux offres actuelles (comme la collaboration avec TomTom) et le développement d'Harmony OS, Huawei se libère de l'influence américaine à long terme. Et l'économie américaine est aussi au courant de cela. AndroidPIT huawei mate 30 pro hand front

Le Mate 30 Pro est un matériel impressionnant, mais il manquait le logiciel pour les publics européens et nord-américains. / © AndroidPIT

Le ministère américain de la Défense était initialement opposé à un durcissement des sanctions contre la société chinoise. La crainte que Huawei devienne plus indépendante et que d'autres fabricants puissent chercher des alternatives aux technologies américaines était trop grande. Cependant, cette position semble maintenant avoir été complètement contredite par les faits, ce qui rendra probablement encore plus difficile l'acquisition de composants pour Huawei.

La raison pourrait être le nouveau plan directeur des États-Unis visant à démanteler l'ancienne domination du réseau que détient Huawei. Le pays prévoit en effet d'aider d'autres pays à construire leurs propres réseaux 5G avec d'autres opérateurs. Bien entendu, outre des grands noms comme Samsung ou Ericsson, les opérateurs américains feront partie du processus. Quelqu'un peut-il m'expliquer ici pourquoi cela ne nous rendra pas encore plus dépendant des Etats-Unis ?

Dans la deuxième phase de ce plan, les États-Unis veulent coopérer avec l'Europe. Ici, comme l'écrit le magazine allemand Giga dans un article, l'objectif est de créer "un écosystème de logiciels et de matériels diversifié, occidental et basé sur des valeurs". Le grand patron veut maintenant nous faire remonter au sommet du marché de la téléphonie mobile.

Après tout, il a été dit lors de la conférence de Munich sur la sécurité que les Européens préféreraient présenter leur troisième modèle. Et c'est un bon indice que nous avons appris quelque chose des efforts de Huawei et que nous voulons nous rendre plus indépendants.

Comme une dinde très stupide qui voterait pour Noël

Si nous mettons de côté les frais d'écoutes téléphoniques, nous pouvons rapidement constater que les États-Unis ne sont intéressés que par le maintien de leur puissance économique. Et c'est très bien dans la mesure où chaque pays essaie d'être et de rester une puissance économique. Cela n'est, dans les limites, rien d'autre que de la concurrence. Mais se faire passer pour un héros qui résiste aux attaques des mauvais espions alors que vous êtes vous-même constamment en train d'écouter tout le monde est embarrassant. Le faire de manière totalement infondée et sans preuves est tout simplement audacieux. 

Même si je trouve l'approche des États-Unis mauvaise et peu convaincante, le conflit entre Huawei et les États-Unis me donne de l'espoir. Si une entreprise (certes très importante) parvient à prendre ses distances avec les Américains, malgré les sanctions et les problèmes, cela est encourageant. Et si Huawei peut le faire, pourquoi pas d'autres fabricants européens ?

Je suis assez enthousiamée par le fait que la Conférence de Munich sur la sécurité ait montré que l'UE souhaitait construire un écosystème de logiciels et de matériels. Après tout, qu'est-ce qui devrait nous empêcher, tout comme Huawei, de nous libérer petit à petit de la dépendance technologique envers les États-Unis ? En fin de compte, comme le disait l'écrivain (prétendument Bertholt Brecht) : "Seuls les veaux les plus bêtes choisissent eux-mêmes leur boucherie". Pourquoi devrions-nous donc choisir les États-Unis comme partenaire  ? 

Source : Tagesschau, Giga

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18 Commentaires

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  • Vision juste du dossier. Je suis sceptique quant à la capacité de l'Europe à être indépendant. Je souhaite bien évidemment qu'il y a 3 acteurs...


  • Une simple guerre commerciale dans laquelle les deux protagonistes, chine et usa veulent faire pencher la balance commerciale de leur côté, et au milieu des européens couilles molles qui ne savent rien décider car trop petits trop faibles pas innovateurs sans ambitions et pas unis, bref les grands perdants comme d'habitude ce sera nous européens tandis que les autres continueront à s'en mettre plein les poches.


  • Bon les mecs.... vous le faites exprès ou quoi ?
    Il ne s'agit pas d'un "match entre les USA et Huawe"... il s'agit d'une agression unilatérale du gouvernement américain contre Huawei.
    Faut arrêter de raconter n'importe quoi.


    • C'est aussi mon impression. Je crois que les USA ne digèrent pas que l'ancien esclave chinois puisse dépasser son maître américain. Le monde entier, à commencer par les Américains, a voulu se servir de la Chine comme d'une usine bon marché, et l'histoire se retourne aujourd'hui contre eux, car la Chine est devenue une grande économie qui menace la domination américaine. Et les bisounours qui pensent que les USA ne feront pas TOUT pour empêcher d'être supplantés par la Chine se trompent lourdement. Les enjeux sont colossaux et ce sera une guerre à mort. Se souvenir des mots de François Mitterrand avant sa mort à propos des USA... Bien entendu, en disant tout cela, je n'ai rien contre le peuple américain, je vise ses dirigeants de tous bords, qui ne sont comme chez nous que les deux faces d'une même pièce (de monnaie et...de théâtre).


  • phil depuis 1 mois Lien du commentaire

    Bonne article objectif..


  • Voir les Américains accuser les Chinois d'espionnage, c'est tellement risible... Les Américains espionnent la Terre entière depuis de longues décennies, et ça ne s'est pas ralenti depuis l'explosion technologique des ces dernières décennies. L'accusation d'espionnage n'est à mon avis qu'un simple prétexte pour mettre un frein à l'expansion économique de la Chine. De là à penser qu'un virus conçu en laboratoire pourrait achever l'animal blessé et profiter aux USA... "A qui profite le crime" devrait être la devise à chaque évènement hors norme. Enfin, ma complotite aigüe me rend peut-être parano...mais avec tout ce que l'on sait sur les mensonges de l'Histoire, on le devient forcément.


  • "Seuls les veaux les plus bêtes choisissent eux-mêmes leur boucherie"

    C'est exactement ce que font les électeurs depuis 50 ans dans ce pays 😏


    • vote de raison, peur de l'inconnu ou des projets farfelus mal calculés? ... les motivations sont nombreuses.
      On approuve, pas seulement pour des élections, que ce qu'on trouve raisonnable.
      Et ce n'est pas le syndrôme de Stockolm.


  • J'aime bien cet article, il pose de bonnes questions ! Un peu optimiste quant à la capacité de l'UE à se doter d'un écosystème entièrement indépendant, mais au moins le doigt appuie là où ça fait mal et l'article évite le pro-américanisme primaire...


  • Luna depuis 1 mois Lien du commentaire

    Parce que le patriotisme c'est aimer son pays, quand le nationalisme c'est détester celui des autres.
    **Général De Gaulle **


    • Ouais et sinon quel rapport avec le steak ?


      • Luna depuis 1 mois Lien du commentaire

        Tu n'es vraiment pas une lumière ...Et sinon pourquoi est-ce que l'Europe ne l'a pas déjà fait et pourquoi on a eu autant de mal à construire Galileo dans une Europe patriote entourée de puissances nationalistes ?


      • Sur Galileo, cet article est plutôt intéressant je trouve :
        https://www.science-et-vie.com/questions-reponses/que-vaut-galileo-le-gps-europeen-51359
        Bon sinon, c'est quoi cette "Europe patriote" (lol) ? Je suis très intéressé par ton éclairage, d'autant plus que, sur ce coup là, ma lumière est toujours éteinte (re-lol)
        Et tu n'as pas répondu à ma question : Quel rapport avec le steak ?


      • Luna depuis 1 mois Lien du commentaire

        Je pense qu'il y a certaine chose que l'on ne peut pas faire en Europe sans récolter des représailles américaines, voilà c'est mon opinion et si tu veux un dessin c'est de ce côté

        https://youtu.be/sXE_tPTK1VI


      • Article un peu court, mais intéressant. Ce que je sais, c'est que j'ai passé 8 ans à vendre des GPS (essentiellement Garmin, mais aussi Magellan et d'autres), entre 1999 et 2007, et qu'à l'époque on nous disait que Galileo était censé être pleinement opérationnel en 2008. Alors être opérationnel à 50 % environ en ayant 8 ans de retard sur les prévisions...comment dire... Aujourd'hui on nous dit que Galileo devrait être opérationnel en...2023 ! 😳 Et son coût prévisionnel a juste triplé, atteignant 13 milliards, la norme en France apparemment.

        Ça fait penser à l'EPR de Flamanville, avec son retard considérable et ses coûts qui ont été multipliés par je ne sais combien. Et bien sûr, pas une tête n'a sauté, tout le monde est toujours à son poste, tête haute, l'air suffisant. C'est la France, là où ailleurs les responsables de ce désastre aurait pu aller pointer à vie à Pôle Emploi, chez nous les mecs restent en poste, quand ils n'ont pas des promotions.

        Je cite Le Monde concernant l'EPR :

        "En 2007, le chantier devait durer cinq ans, pour un coût de 3,3 milliards d’euros. Il devrait finalement durer au moins seize ans, pour une facture estimée à 12,4 milliards." 😳😲😬🤔😤😠😡🤬🤯

        Nous on ferait le tiers du quart du millième à notre boulot, on serait catapultés sur Jupiter par le premier Uber en partance.


      • ça doit rapporter gros des uber pour Jupiter! 💲💲💲 😍

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