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Le télétravail : Vacances chez soi ou nouvelle forme de productivité?

Le télétravail : Vacances chez soi ou nouvelle forme de productivité?

La notion de télétravail (home office en anglais) est apparue dans les années 1950 aux Etats-Unis avec les travaux de Norbert Wiener sur la cybernétique. Avec le développement des nouvelles technologies, cette pratique s'est d'abord répandue dans les pays anglo-saxons avant de gagner la France où le taux de télétravail varie entre 8 et 15% selon l'Observatoire du Télétravail. Indépendamment des problèmes logistiques provoqués par des situations exceptionnelles comme l'épidémie actuelle du Covid-19, la maison est souvent vue comme le lieu où l'on est le moins productif pour travailler. Qu'en est-il vraiment ?

Sommaire

Petite piqure de rappel de l'actualité

N'importe qui suit l'actualité a eu le bonheur ou le malheur (c'est selon) de suivre des reportages télévisés qui montraient des travailleurs assis dans leur salon avec leur ordinateur devant eux. La presse écrite a également dédié de nombreux articles aux employés obligés de rester chez eux en raison de la crise sanitaire. Les exemples ne manquent pas d'employeurs à l'instar de l'Oréal passant par le Crédit Mutuel ou le groupe alsacien Merk qui ont donné pour consigne à leurs employés de rester chez eux. Même des grandes institutions comme la Banque centrale européenne (BCE) basée à Francfort ont demandé à leurs milliers de salariés d'effectuer des journées de télétravail.

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Coronavirus / © AndroidPIT

La première question qui devrait se poser dans le contexte actuel est si l'employeur peut ou non obliger les salariés, y  compris les plus récalcitrants, à travailler depuis chez eux ? L'article 4 des accords de juin 2018 sur le télétravail prévoit plusieurs cas de figures y compris ce qui est défini dans la loi comme "circonstances exceptionnelles". L'article L1222-11 prévoit même la généralisation de cette mesure en cas "notamment d'épidémie, ou en cas de force majeure...".

On parle à ce titre "d'aménagement du poste de travail" pour bien défendre le travailleur d'une dérive qui se traduirait par une modification du contrat de travail.  Des sanctions disciplinaires sont prévues pour les plus récalcitrants dans le cadre d'un processus légal qui entend à la fois protéger la santé des personnes et la survie économique des entreprises. On est ici à juste titre pas du tout dans le cas de figures de certaines entreprises tels que Luftansa qui a recouru au chômage partiel.

La principale inconnue

Force est de constater que les jours passent et le nombre de personnes concernés par le télétravail s'accroît fortement. Maintenant, la principale inconnue ne demeure pas tant le nombre de jours où il faudra rester à la maison mais l'impact de ce changement sur notre productivité. Ce n'est pas pour rien que les conseils pour survivre durant cette période pullulent sur net et que chacun y va de son petit conseil pour rester concentré à la maison : conserver une routine quotidienne, habillez-vous le matin comme si vous alliez bosser, utilisez les applications Zoom ou Evernote, éloignez-vous de votre portable, etc.

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La travailleuse / © Mihail Fedorenko / Shutterstock

La productivité en télétravail est une préoccupation récurrente tant pour les employeurs que pour les employés. Une première donnée surprend lorsque l'on s'intéresse au home office. Il existe énormément de témoignages et d'articles qui vantent les mérites de cette activité. Certains retours d'expérience parlent d'une meilleure gestion du temps de travail, d'une meilleure concentration sur les tâches principales ainsi qu'une augmentation de la qualité du travail.

Pourtant, on tend encore à associer le télétravail avec de l'insouciance vis à vis de son activité professionnelle. Bien évidemment, tous les métiers ne sont pas concernés et des pans entiers de la vie active engloblent des professions dont les agents sont au contact direct avec des clients, patients, élèves, publics de tout type, etc.

Il est normal que certains cadres s'inquiètent de la baisse de la productivité. C'est un saut dans l'inconnu, surtout pour ceux qui auront besoin de plus de temps d'adaptation. Néanmoins, pour Gabrielle Tremblay de l'Ecole des sciences de l'administration de l'Université du Québec dont les propos sont rapportés par le site canadien L'Actualité, les choses sont plus nuancées :

Il y a un grand mythe autour du télétravail, a expliqué Mme Tremblay. (Certains cadres) s’inquiètent d’une baisse de productivité, alors que les études montrent plus tôt l’inverse (…). Parfois on a observé des augmentations de productivité et dans d’autres cas on a observé une augmentation de la qualité du travail parce que parfois les personnes sont dans des milieux de travail où elles ont peut-être un peu de difficulté à se concentrer et au contraire le télétravail leur permet de se concentrer.

Concentration et motivation avant tout

Il est assez difficile d'évaluer la productivité du télétravail. La raison est assez simple : cette activité mal encadrée peut s'avérer contre-productive pour deux raisons principales. Tout d'abord, le travailleur peut vraiment avoir du mal à dissocier sa vie privée de sa vie professionnelle. Cela passe de ce fait par l'aménagement d'un espace de travail à la maison dont tout le monde ne peut pas bénéficier au regard des superficies des surfaces locatives, surtout dans les grandes villes (pensons à Paris par exemple). Ensuite, le télétravail n'est pas adapté pour les personnes qui ont du mal à gérer leur autonomie ou pire qui ont une certaine fragilité psychologique qui peut déboucher sur une addiction au travail. Ces éléments doivent être pris en considération par l'employeur, y compris en cas d'épidémie.

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Bureaux en open space / © AndroidPIT

Mais en règle générale, les employés ont une opinion favorable du télétravail. Selon l'Observatoire du télétravail, les chiffres datant du début du processus en 2002 avançaient déjà à l'époque un taux de 90% d'avis favorables concernant l'amélioration de la vie personnelle. L'une des plus grandes enquêtes menées au niveau des pays occidentaux (Etats-unis, Royaume-Uni, Allemagne et France) 16 ans plus tard confirme ces chiffres. L'étude montre dans ce sens que le seul véritable enjeu reste la concentration. Elle montre surtout qu'il n'y a pas de corrélation directe entre les horaires de bureau (9h à 18h) et la faculté de rester concentré. Le directeur de cette étude pour Jabra, le directeur d'EMEA North, Nigel Dunn estime même qu'il ne s'agit pas tant d'une question de temps de travail, mais de la peur qu'affrontent les entreprises dès lors qu'elles recherchent à être chaque fois plus productives :

« Et c’est surtout dû à un défaut de confiance. On peut comprendre que les employeurs soient nerveux à l’idée de ne pas pouvoir garder un œil sur leurs employés, mais des solutions existent. Grâce aux technologies actuelles, il est possible de communiquer avec les employés à distance en toute simplicité. Elles permettent également aux employés de pouvoir collaborer, peu importe où ils se trouvent ».

Finalement, l'étude conclut que le télétravail est une activité qui s'inscrit dans la recherche d'optimisation des espaces de travail conventionnels. Elle montre que les employés considèrent qu'ils perdent aussi du temps en raison de la multiplication de réunions qu'ils n'ont pas le temps de bien préparer ou qui s'enlisent dans les prises de décision. Les travailleurs auraient de ce fait la sensation d'échapper aux contraintes qui pèsent dès lors que l'on évolue durant la semaine dans un open space. Nigel Dunn estime dans ses recommandations que l'essentiel est que la personne puisse rester motivée et concentrée peu importe l'endroit où elle se trouve d'ailleurs.

Comme le prouvent les nombreux témoignages sur la question, la mobilité des travailleurs a déjà transposé une partie du travail hors des murs des bureaux. Les employés sont désormais plus connectés, mobiles et tendent par choix ou par politique managériale à passer de moins en moins de temps sur leur lieu de travail. La non productivité du télétravail est de ce fait un faux problème. L'essentiel est de rester motivé et concentré. Cela ne dépend finalement que de chacun d'entre nous. Cela dépend surtout si on est motivé ou pas par son travail. Si on déteste son boulot, le faire au bureau ou à la maison revient au même.

Bon courage à celles et ceux d'entre vous qui sont forcés ou seront forcés à faire du télétravail. C'est n'est pas facile. Rien n'est jamais facile. A Berlin, nous restons à la rédaction dans nos bureaux. Qui sait jusqu'à quand ?

Faites-vous du télétravail ? Que pensez-vous de devoir travailler à la maison ? Laissez-nous votre commentaire ci-dessous.  

Source : Forbes

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6 Commentaires

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  • locupus depuis 3 semaines Lien du commentaire

    j'ai donné et je donne encore mais avec certaines restrictions. Je m'explique. Travailler de la maison c'est bien, pas de trajet donc plus de temps pour soit, dodo, famille,etc, mais vient vite un autre point que l'on ne voit pas venir. Quand on télétravail, on à tendence à croire que l'on va être moins productif ou que notre chef va croire que l'on se glande et vite on prend le plit de bosser plus, plus tôt et plus tard le soir et donc de perdre les avantages de cette nouvelle méthode de travail. En fait une étude à démontrer que les télétravailleur était 20% à 30% plus productifs que leur collègues restés au bureau et ce dûe au temps de travail plus long, au moins de dérangement, au fait que l'on veut que le chef pense que l'on bosse et que l'on ne glande pas, etc. On à tendance à s'en vouloir d'avoir ce que l'on croit être un avantage et on compense en productivité et efficacité. Bref le télétravail, BIEN géré, et un slot win win. Aujourd'hui j'en fait toujours mais j'y ai mis des limites de temps et de stress, j'y gagne car plus de trajet, plus de cantine, plus de stress, plus de plein de chose et mon employeur y gnagne car plus de retard, moins d'espace de bureau à payer, moins de discussion café, moins de maladie bref tout le monde est content. Le tout est de ne pas travailler à la tâche mais au résultat et la tout se passe bien.


  • Il faudra disposer d'une bonne liaison Internet ce qui est rarement le cas en dehors des métropoles !
    Il faudra aussi penser qu'il faudra chauffer a température normale au lieu de l'abaissement normal, ce qui occasionnera une dépense conséquente au salarié.
    Dans un autre domaine, il sera très facile ensuite de délocaliser dans des pays a bas cout du travail, de langue francophone, comme c'est déjà le cas pour les centres d'appel et de services.
    Et ceci n'est jamais jamais cité comme les "avantages" du télétravail


  • phil depuis 3 semaines Lien du commentaire

    Pour en avoir fait un peu, cela demande beaucoup de rigueur et de motivation, car une fois chez soi, on a pas forcément envie de se remettre à bosser... par contre, le gros avantage est que l'on s'y met quand on veut, on est plus productif je trouve...

    Bien sûr c'est le privilège de certains métiers.


  • louis hory depuis 3 semaines Lien du commentaire

    "Faites-vous du télétravail ?"

    Voilà une bonne question. Car il existe ENCORE une catégorie non négligeable d'employés et d'ouvriers qui œuvrent directement à la production de biens et de services. J'en fait partie...
    Et pour eux pas question de télétravail, évidemment.
    Si depuis le début des années 1980 des choix politiques idéologiques ont poussés à débarrasser le secteur secondaire manufacturier en dehors des frontières, on en constate les graves dégâts aujourd'hui avec les problèmes sanitaires et le chômage persistant depuis trop longtemps.

    En clair, dans ma cambrousse si j'ai déjà entendu parler de télétravail depuis fort longtemps, je ne connais personne qui aujourd'hui le pratique.

    Pour autant, je crains que cela soit un piège pour les femmes qui assureront des heures supplémentaires en dehors du temps réservé à l'activité purement productive sans méconnaître les possibilités positives d'aménagement du temps de travail.


  • Luna depuis 3 semaines Lien du commentaire

    Si on y ajoute le harcèlement, les coups de pression et les blagues débiles qu'on est obligé de supporter , le télétravail peut être une bénédiction.

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