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Opinion 5 min de lecture 8 Commentaires

Zuckerberg ne va pas régler le problème avec Facebook

Alors que la réaction de Facebook face aux législateurs et aux utilisateurs continue, les yeux se tournent naturellement vers l'homme responsable, le fondateur et CEO de Facebook, Mark Zuckerberg, pour prendre ses responsabilités et agir. Bien que les débuts du scandale Facebook / Cambridge Analytica aient été marqués par un silence assourdissant de la part de Zuckerberg, il a finalement abordé la question dans une interview à CNN. Et le résultat n'est pas très convainquant...

Embarrassé et agité, le fondateur de Facebook était visiblement mal à l'aise lors de sa rencontre avec Laurie Segall de CNNMoney, dans laquelle il a brisé le silence concernant Cambridge Analytica, la société louche qui a accédé aux informations de 50 millions d'utilisateurs Facebook à leur insu. Facebook n'a d'ailleurs eu aucun problème avec cela jusqu'à ce soit mis en lumière cette semaine.

Facebook n'est pas une victime, mais un complice

Zuckerberg est venu avec des excuses, a reconnu un "abus de confiance majeur" entre le réseau social et ses utilisateurs. En plein contrôle des dommages, il a peint Facebook comme une victime des « applications voyous » et de mauvais acteurs comme Kogan et Cambridge Analytica. On avait profité du pauvre, malheureux et maladroit Facebook.

Regardez l'interview complète de Zuckerberg avec CNN ci-dessous :

Inutile de dire que cette prise de position n'aide pas vraiment Facebook, qui aurait pu révéler aux utilisateurs que leurs données étaient récoltées et utilisées sans leur consentement il y a deux ans. Pourquoi n'a-t-il alors pas fait confiance à ses utilisateurs, ou audité ces « applications voyous » ?

Parce qu'il n'y avait pas de "violation de données" et que Facebook n'était pas une victime. Tout l'intérêt que porte les annonceurs et les sociétés d'analyse pour Facebook est qu’il peut récolter les données des utilisateurs ainsi que leurs données d'interaction. Enlevez cela, et le réseau social perdrait bientôt l'intérêt de ses partenaires commerciaux.

Zuckerberg s'est engagé à « enquêter » sur cette affaire et à informer tous les utilisateurs qui ont été ciblés par Cambridge Analytica, mais quand on lui a demandé pourquoi Facebook n'avait pas informé les utilisateurs en 2015, il a répondu que Facebook avait interdit l'application d'Alexander Kogan et demandé à Cambridge Analytica de confirmer qu’ils n’avaient pas conservé ou utilisé ces données recueillies. Facebook, bien sûr, a pris le mot de Cambridge Analytica que ces données n'étaient pas utilisées et que ses utilisateurs n'avaient besoin d'être alerté.

Nous ne pouvons pas compter sur Facebook pour qu'il se refasse tout seul

Zuckerberg promet une enquête approfondie et un audit pour arrêter les vols de données similaires, ainsi que sur les conséquences négatives potentielles, telles que l'utilisation de l'analyse de mégadonnées afin de cibler la propagande de fausses sources, comme ce fut largement présumé, par exemple, avec des agents russes lors des élections américaines de 2016.

Zuckerberg et co. ne dirigent pas une entreprise pour obtenir une quelconque satisfaction morale

Dans l'interview, Zuckerberg montre que Facebook est manipulé afin de semer la discorde concernant les élections aux États-Unis et dans le monde entier. Certainement, plus d'une nation ou d'un parti est impliqué dans ceci. Il est certain qu'aucune nation ou parti ne devrait non plus jouer le rôle de gardien de la démocratie sur Facebook.

Zuckerberg et co. ne dirigent pas une entreprise pour obtenir une quelconque satisfaction morale. Malgré ce que Zuckerberg dit dans un segment de la vidéo sur la manière dont il a fallu que la parentalité le rende conscient de la décence humaine fondamentale, ce n'est pas l'opinion de ses filles qui l'a amené à rompre le silence maintenant. La chute de l’action Facebook et de sa propre valeur nette personnelle de quelques milliards de dollars a probablement un peu plus à voir avec cela.

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Les utilisateurs suppriment leurs comptes pour protester contre Facebook. © shutterstock, AndroidPIT

Généralement, quand une industrie est sous le feu des critiques et attire l'attention des organismes gouvernementaux (comme la FTC aux États-Unis), les leaders de l'industrie font une proposition d'autoréglementation afin de garder autant de contrôle sur leurs propres affaires que possible.

De l'interview de CNN, il semble que Zuckerberg ait atteint ce stade de contrition: "vous savez, je pense qu'en général, la technologie est une tendance de plus en plus importante dans le monde, et je pense que la question est plutôt de savoir si oui ou non elle devrait être réglementée."

Nul doute que Zuckerberg voudra jouer un rôle dans l'élaboration de la réglementation à venir, mais étant quelqu'un qui profite de la façon dont les données de Facebook sont utilisées par des tiers, il pourrait avoir un jugement différent du vôtre ou du mien sur quel est le juste milieu entre les intérêts de Facebook et son engagement envers la transparence.

Les vœux d'enquêter et de s’améliorer sont un bon début, mais compte tenu de la médiocrité de Facebook en matière de confiance et de vie privée, une telle initiative devrait également être surveillée par des régulateurs extérieurs. Dans cette offre de réforme, Facebook se positionne comme le gardien de ces "applications voyous" et "mauvaises applications". Ce qui soulève une vieille question, qui va les surveiller ?

Qu'avez-vous pensé de l'interview ? Et à quoi ressemblerait un Facebook amélioré et digne de confiance à vos yeux ?

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8 Commentaires

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  • PapounetUT depuis 2 semaines Lien du commentaire

    C'est son intérêt d'utiliser les données des utilisateurs et de les revendre c'est pas maintenant qu'il va faire marche arrière.
    Ce genre de personne est intouchable car faisant parti d'une caste.


  • louis hory depuis 2 semaines Lien du commentaire

    Le sujet de la relation de Cambridge Analytica avec Facebook est juste la partie émergée de l'iceberg et si tu veux en savoir un peu plus sous la forme de vidéo, je peux te conseiller une vidéo de Thinkerview qui vient de sortir le 31 mars :

    https://www.youtube.com/watch?v=WPdbEbwNTcU

    Si l'on ne veut pas perdre de temps, chacun peux se contenter de regarder à partir de 1:16:30.
    Mais le reste plus technique et juridique est à mon goût aussi intéressant parce qu'il cerne les problèmes de libertés individuelles en France et dans l'Union Européenne.


  • pascalou62 depuis 2 semaines Lien du commentaire

    Zuckerberg c'est bien le mec qui a mis un bout de scotch sur la cam de son PC ??? a mon avis c'est pas pour le fun lol


  • Luna depuis 2 semaines Lien du commentaire

    De toute façon il s'en bat les c**illes, quand il va devenir notre tuteur lui et les autres réseaux pour se rendre aux Etats Unis :


    https://www.presse-citron.net/vos-reseaux-sociaux-toujours-plus-scrutes-a-lentree-etats-unis/


  • Willi1113 depuis 2 semaines Lien du commentaire

    J'adore ce scandale qui ne fait que révéler un truc pourtant si évident parce que propre au concept même de Facebook (journal intime je crois en français !?) : l'espionnage sans frontière ! Depuis bien longtemps Facebook n'est qu'une machine à récolter et manipuler des informations avec évidemment un fabuleux maillage qui en fait le parfait ”oeil de Moscou” ! C'est assez risible que soudainement les gens s'en offusquent parce que la portée est plus politique que financière ou sociale ? Et l'on peut toujours les fuir pour se réfugier chez la concurrence "plus vertueuse", ce ne sera que donner les moyens à ses derniers d'en faire autant... C'est toujours le consommateur qui fixe les règles...


    • louis hory depuis 2 semaines Lien du commentaire

      Encore faut-il (le consommateur donc le citoyen) en soit conscient et veuille bien prendre ses responsabilités jusqu'au bout. Or un consommateur... consomme avant de se poser des questions. Quant aux citoyens, ils connaissent mieux (très majoritairement) la servitude volontaire qui les rassurent que le besoin d'émancipation qui pourrait leur faire redresser la tête.

      Ici, il ne s'agit pas pour un système politique d'obtenir le maximum de pouvoir sur des citoyens indolents ou serviles ou de s'imposer sur la scène internationale mais pour certaines puissances économiques et financières majeures de l'augmenter encore et toujours jusqu'à s'imposer par dessus les États (quel que soit l'idée que l'on se fasse de ces États) Le pouvoir le plus puissant sait qu'il doit rester dans l'ombre et se construire pour cela une image aussi lisse que possible d'où la réaction embarrassée de Facebook.


  • louis hory depuis 2 semaines Lien du commentaire

    Quand un grand tricheur veut réglementer la triche, voilà ce que cela donne.

    Facebook/Zuckerberg nous explique qu'il ne savait pas, qu'il n'avait pas pu ou su contrôler les données qu'il récoltait mais il "oublie" de dire POURQUOI il tenait tant à les détenir et ce qu'il en faisait habituellement.
    Sa collecte de données a toujours été très savamment organisée et il souhaiterait nous faire croire à un moment d'égarement... Qui peut le croire ou seulement essayer ?

    Seules les conséquences économiques et financières le poussent à tenter des explications qu'il souhaite en fin de compte ne pas fournir. La morale des affaires étant surtout réservée à ceux qui n'ont pas les moyens de cacher leurs forfaits et à ceux qui veulent bien y croire ou obtiennent de larges avantages de ce système hypocrite.

    On ne peut pas croire un voleur de confiture (multirécidiviste) quand il déclare devenir un enfant sage et respectueux de bonnes règles quand il nous a habitués à sa gloutonnerie.
    M. Zuckerberg voudrait nous expliquer que sa main n'a pas écouter sa bonne volonté et que son cerveau et sa morale n'y sont pour rien.

    Il n'y a qu'une autorité respectable ET respectée qui peut lui faire revenir à de meilleures pratiques à condition que celles-ci soient plus strictement encadrées et vérifiées.

    Mais a-t'elle les moyens de se faire respecter dans les États-Unis de Trump ? Je voudrais encore y croire...


  • On en a rien à foutre de ses excuses de manipulateur de milliardaire, sest de l'abus de confidence et de l'arnaque envers les utilisateurs et s'est pas ses excuses de traître qui va empêcher les données volées d'être restitué. Il devrait avec effet immédiat et excuses personnel devoir donner au utilisateur lésé et s'est tout. Il faut qu'il arrête de se foutre de la gueule du monde ses multies nationales et de arnaquer le consommateur et ses pas des excuses sans fondement pour se rattraper une image qui redonnera confience.

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