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En Inde, les applications chinoises comme toile de fond d'un conflit diplomatique

En Inde, les applications chinoises comme toile de fond d'un conflit diplomatique

En pleine tension diplomatique avec la Chine autour de la question de leur frontière commune dans l'Himalaya, l'Inde veut bannir plusieurs applications Android et iOS chinoises de ses stores.

Les services de renseignement indiens ont publié ce vendredi 19 juin une liste d'applications mobiles chinoises que le considérées comme étant potentiellement à risque pour la sécurité nationale. Il est demandé au gouvernement de bannir ces applications. On y retrouve TikTok, Clash of Kings et même Zoom, comme le rapporte le quotidien Hindustan Times.

Oui, Zoom, cette société américaine (et non chinoise) de service de visio-conférence basée en Californie mais dont le PDG Eric Yuan, américain naturalisé depuis 2007, a des origines chinoises. De quoi renforcer la suspiscion du renseignement indien sur ses liens prétendus avec Pékin.

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Une note interne au gouvernement qui déconseille aux fonctionnaires et représentants de l'Etat d'utiliser Zoom dans le cadre de leurs fonctions. / © Hindustan Times

Parmi les autres applications notables, on peut trouver Weibo, WeChat et celles de Xiaomi comme l'app Mi Community ou le Mi Store. Selon le Hindustan Times, ce sont près de 52 applications iOS et Android qui sont considérées "à risque" par les autorités indiennes dans cette liste. Le site Android Authority a dressé la liste prétendument complète, mais sans la sourcer. 

La principale crainte réside dans le soupçon de New Delhi que ces applications, développées ou éditées par des entreprises chinoises (comme Tencent ou ByteDance, par exemple), présentent un risque d'espionnage via les données qu'elles pourraient collecter et partager avec la Chine. 

Une autre crainte serait que ces backdoors chinoises permettraient des attaques sur les réseaux indiens en cas de conflit, afin de paralyser le pays. Selon le Hindustan Times, le renseignement indien déconseille aux fonctionnaires ou représentants de l'Etat d'utiliser les applications listées dans le cadre de leurs fonctions. 

Le cas de Zoom, s'il a de quoi interroger pour son association avec la Chine, peut en revanche se justifier au vu des failles de sécurité majeures révélées à son sujet ces derniers mois voire semaines. Son utilisation n'a d'ailleurs pas non plus été déconseillée qu'en Inde

Après la Peur rouge, le Péril jaune bouscule la tech

Comme la Peur rouge durant la guerre froide, le Péril jaune est une expression inventée en Occident pour mettre un mot sur l'angoisse que suscitait l'essor de la Chine et des pays asiatiques étendant de plus en plus leur influence dans le monde. 

Mais de nos jours, ces expressions sont employées de manière quasi-satyrique, pour désigner les fantasmes liés au choc des civilisations. Après la Russie, c'est à la Chine d'en faire les frais. Ou plutôt aux entreprises tech chinoises qu'on soupçonne, pas forcément à tort mais pas non plus systématiquement à raison, de connivences avec Pékin. 

Huawei est l'exemple parfait d'une entreprise tech à succès venant bousculer les géants occidentaux comme Apple ou Google dans leur ordre établi. Et les Etats-Unis la voient comme une cinquième colonne prête à jouer les agents dormants pour le gouvernement chinois. 

Mais là où les Etats-Unis craignent que le soft-power chinois ne vienne déséquilibrer la guerre froide commerciale que le pays livre à la Chine, la situation en Inde est différente. Ce sont bien des ingérences directes et des conflits ouverts que New Dehli craint. 

Les tensions diplomatiques sont en effet beaucoup plus palpables entre l'Inde et la Chine. La frontière contestée de l'Aksai Chin entre les deux puissances nucléaires dans l'Himalaya a encore fait l'objet d'affrontements militaires meutriers cette semaine. 

C'est donc assez déstabilisant de voir comment le Google Play Store et l'App Store d'Apple deviennent les théâtres d'affrontements entre Etats. Des sortes d'échiquiers 3.0 du jeu diplomatique mondial (le 2.0 étant les réseaux sociaux). 

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1 commentaire

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  • louis hory depuis 2 semaines Lien du commentaire

    Quand on connaît l'origine des problèmes diplomatiques récents entre la Chine et l'Inde, une affaire intérieure chinoise destinée à masquer les erreurs gouvernementales de Xi Jinping concernant la crise sanitaire par une justification de troubles aux frontières ET le fait que le pouvoir chinois a toujours utilisé ce moyen pour faire dévier ses divisions internes, cela relativise beaucoup les arguments employés.

    Le rôle de ces applis est bien plus une justification facile qu'une réalité tangible. Si le gouvernement indien est si prompt à utiliser un tel stratagème, il faut y voir bien autant des relents racistes à visée interne qu'une justification précise contre ses applications chinoises, les deux gouvernements appliquant une tactique similaire pour renforcer leur pouvoir interne respectif.

    Pour autant, je trouve judicieux d'expliquer et de montrer en quoi le soft power numérique (les applis visées pour le cas) prend de plus en plus d'importance dans le règlement des affaires diplomatiques internationales.
    Le cas très récent des attaques contre des institutions et des entreprises australiennes pourrait l'illustrer tout aussi bien.