Nous utilisons des cookies sur nos sites web. Des informations sur les cookies et sur la manière dont vous pouvez vous opposer à leur utilisation à tout moment ou mettre fin à leur utilisation sont disponibles dans notre Déclaration de protection des données.

Le confinement a créé une nouvelle peur du bug de l'an 2000

Le confinement a créé une nouvelle peur du bug de l'an 2000

Internet va sauter! C’est la panique sur les réseaux sociaux, chez les médias et la classe politique. Tous craignent une panne d’Internet face aux réseaux saturés par le pic de trafic qu’engendre le confinement de millions d’internautes et télétravailleurs en France et en Europe. 

Netflix, Youtube, Facebook Instagram ou Sony... de nombreux services en ligne sont désormais bridés pour éviter de boucher les tuyaux d’Internet. Même Disney+ a du voir sa sortie en France prévue le 24 mars être décalée au 7 avril. Mais ce sont surtout de fausses solutions à un faux problème créé par la peur d’un nouveau bug de l’an 2000. 

Tout a commencé avec un article du JDD du 15 mars dernier dans lequel Arthur Dreyfus, président de la Fédération française des télécoms, n’excluait pas la possibilité pour les opérateurs (Orange, Bouygues, SFR) de brider certains services “non essentiels” afin de préserver la stabilité des réseaux.

“Atteinte à la neutralité du web” ont alors crié les défenseurs de l’Internet avec un grand “i”. Arthur Dreyfus s’est alors ravisé mais l’Acerp (le gendarme des télécoms en France) a tout de même précisé qu’un bridage est légalement possible en cas de “saturation exceptionnelle” 

Non seulement les réseaux sont actuellement largement en mesure d’absorber le pic de trafic, qui est quant à lui bien réel depuis le début du confinement. Mais les engagements pris par les géants du web (majoritairement américains et non européens) ne vont pas vraiment soulager Internet. Ils relèvent plutôt d'une patte blanche montrée aux autorités et surtout au public, à qui ils continuent, pour certains, de faire payer leurs services restreints plein pot. 

Brider Netflix, Youtube et consorts pour préserver le télétravail, un faux problème

Afin d’éviter une levée de bouclier des partisans de la neutralité du web, on demande à Netflix, Youtube et consorts de se brider eux-mêmes. “C’est pas nous, c’est eux!” Même le Commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton a appelé le 18 mars les géants du web américains à faire preuve de “responsabilité numérique" afin de permettre aux télétravailleurs de faire leurs conf'calls et d'accéder à leurs ENT en toute sérénité.

Très bien, soyons responsables. Mais pourquoi faire? Dans un passionnant billet publié sur Framablog, Stéphane Bortzmeyer, ingénieur spécialiste des réseaux informatiques membre de l'Association française pour le nommage Internet en coopération (Afnic), explique que “cette angoisse actuelle est due à une incompréhension de l'architecture d'Internet.”

Oui, de nombreux sites (surtout des ENT, environnement numériques de travail) ont plié sous le poids des visites. Mais les réseaux ne sont pas pour autant saturés. Il s’agit plutôt des serveurs qui hébergent lesdits sites tout comme leur conception qui les rendent vulnérables. 

“Un nez qui coule ou une légère toux, en ces temps de paranoïa liée au virus, ne signifie pas qu’on l’a chopé, les autres maladies n’ont pas décidé de prendre des vacances. Une sensation de ‘lenteur’ du réseau à un niveau local pourra se produire sans que le réseau dans sa globalité soit souffrant”, explique un blogueur spécialisé. Ce n'est donc pas votre voisin qui mate Netflix en peignoir sur son canapé toute la journée qui vous empêche de faire votre visio-conférence quotidienne. 


Les réseaux vont bien et ont de la marge

D’ailleurs dire LE réseau n’a pas de sens, Internet est un assemblage de nombreux réseaux. Certes, certains points points d’interconnexion de ces réseaux peuvent souffrir d’un trafic trop important. Mais ce ne sont alors que certains points névralgiques de l'architecture d'Internet qui ont bel et bien vu une montée en charge du trafic avec l'explosion du streaming. Internet dans sa globalité n’est donc pas saturé, juste le trafic qui passe par ces nœuds-là.

Dans tous les cas, chaque réseau réseau a plusieurs interconnexions, et augmenter ses capacités est beaucoup plus facile que ce que les autorités ne semblent croire. C’est ce qu’explique d’ailleurs à BFMTV Stéphane Richard, PDG d’Orange: “Nous avons un réseau qui a été conçu pour absorber des flux considérables" et est construit en prévision "d'un rythme régulier d'augmentation des usages.”

Le Monde nous apprend par exemple que sur certains nœuds Internet, là où se connectent les différents acteurs du réseau, comme le nœud d’Amsterdam, un des plus importants au monde, on remarque une augmentation de 20 % par rapport au trafic du mois de février. Mais on est loin, très loin du maximum permis. Au sein de ce nœud du réseau, la capacité totale, régulièrement renforcée, est de 34,6 terabits par seconde: le pic maximal constaté ces derniers jours a eu lieu dimanche 22 mars, à 7,8 Tbits/s.

Le vrai problème pourrait se matérialiser à long terme, lorsqu'il faudra accéder à certains équipements pour faire des mises à jour ou pour les réparer. Avec la fermeture des frontières, les interdictions de circuler et le renforcement global du confinement, dépêcher des techniciens pour assurer la maintenance va être de plus en plus compliqué.  

Mais alors pourquoi diable demander à Netflix, Youtube et dernièrement Disney de brider leurs débits?

Un discours alarmiste source d'enjeu économique

Ce point de vue, sans tomber dans le complotisme de bas étage, est développé par Nicolas Guillaume, dirigeant de l'opérateur Netalis et secrétaire général de l’Association des opérateurs télécoms alternatifs (Aota). Dans un post Linkedin publié le 22 mars (et qui m’a donné l’idée de ce sujet), Nicolas Guillaume dénonce "un discours alarmiste qui cache d'autres intérêts" économique et politique. Certains acteurs profiteraient de l'occasion pour faire avancer leurs idées sur la neutralité du net et leurs tentations protectionnistes de ce qui est bon et mauvais pour les réseaux.

L'argument du risque de saturation des réseaux est "un débat qu'on a depuis plus de dix ans à propos de qui paie le réseau", souligne Nicolas Guillaume. Netflix, Amazon Prime ou Disney+ sont des services "over the top", qui s'ajoutent aux box des fournisseurs d'accès à internet sans leur rapporter ni revenu ni abonné, tout en consommant de la bande passante.

Dans cette logique, les opérateurs européens aimeraient beaucoup faire payer aussi les services américains pour que le trafic passe par eux, en mode “Canalsat” où les abonnés paient pour le visionnage, mais de l’autre côté les chaînes paient aussi pour être diffusées.

Mais pour l’instant, les différents acteurs, opérateurs/FAI et services web (Netflix et compagnie) se contentent d’un statu quo. Les premiers peuvent se targuer d’avoir protégé Internet des américains qui grignotent notre bande passante. Et les géants du web outre-Atlantique montrent patte blanche et font bonne figure en faisant preuve de responsabilité numérique, comme de bons élèves.

En revanche, je n’ai vu aucune annonce grandiloquente de Netflix ni Disney annonçant que le prix de leurs abonnements seraient réduits eux aussi, afin de compenser la prestation de service inférieure à la normale. Alors oui, on a eu droit à quelques petits cadeaux comme un peu plus de data sur notre forfait mobile, ou certains films et jeux vidéo en accès gratuit (et temporaire).

Mais il faut croire que sauver internet, ça a un prix, et que c'est aux utilisateurs de le payer.

Derniers Articles

Articles recommandés

9 Commentaires

Ecrire un nouveau commentaire :
Tous les changements seront sauvegardés. Aucun brouillon n'est enregistré pendant l'édition
Ecrire un nouveau commentaire :
Tous les changements seront sauvegardés. Aucun brouillon n'est enregistré pendant l'édition

  • Excellent texte à méditer.
    https://lundi.am/Monologue-du-virus


    • "votre folie de la « grande échelle » et de son économie, votre fanatisme du SYSTÈME. Seuls les systèmes sont « vulnérables »."

      Et juste après :

      "Je suis venu manifester l’aberration de la « NORMALITÉ »"

      Justement ce que Jérôme et moi dénonçons à longueur de commentaires et qui te semblait une aberration aussi odieuse et que sans fondement.

      Alors convaincu ?

      Bienvenue au club !


      • Désolé, je n'ai pas pensé aux deux compères d'Android Pit quand j'ai lu ce texte. Pour être à la cheville d'un texte comme celui là, il faudrait nettoyer votre prose en profondeur...
        Et, pour ta gouverne, petit présomptueux, sache que je ne viens pas de changer d'avis sur quoi que ce soit, c'est juste que tu n'as rien compris ä ce que je pense sur bien des sujets....Mais ce n'est pas un problème, crois-moi
        J'oubliais : Contrairement aux pourfendeurs d'une pseudo pensée unique, je n'appartiens à aucun "club" et me porte très bien ainsi.


      • Le coup de "c'est celui qui le dit qui y est" est un peu trip facile, à mon idée.
        Mais tu préfères pouvoir continuer à invectiver qui ne pense pas "dans tes clous".

        Tu es prêt à dénoncer les Systèmes et la Normalité à condition de ne pas l'avouer franchement, c'est fort drôle en effet.

        C'est vrai qu'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis alors ce n'est pas très compliqué de t'imiter de ce côté-là...

        Si tu tiens tellement à ta dignité et ta supériorité tu peux toujours rester sur ton Aventin si tu t'y trouves si bien !


    • Brillant 👌 Mais je ne crois malheureusement pas à un changement après cette crise. Je pense que la devise sera "business as usual" et que tout le monde reprendra ses mauvaises habitudes, elles sont bien trop ancrées. Et quand bien même certaines décisions nouvelles seraient prises, on sait très bien d'avance quels en seraient les bénéficiaires et les perdants.

      Je ne crois pas non plus au réveil des gens, car Internet les maintiendra encore dans leur coma pendant le confinement et ils n'auront qu'une attente, que tout reprenne comme avant.

      Bref, je crois que certains pays tireront peut-être des leçons de cette crise, mais je ne crois pas que la France en fera partie. Entre des dirigeants ultra-corrompus qui se foutent éperdument des Français, et un peuple conditionné et abruti qui ne sait plus réfléchir, toutes les conditions sont réunies pour que rien ne change.

      Ce n'est que mon avis et j'espère me tromper.


  • Je suis nettement plus inquiet vis-à-vis de lois liberticides supplémentaires que certains États sont capables de pondre, prenant l'excuse de la crise sanitaire actuelle. La France est clairement parmi ces pays dirigés par des cyniques corrompus capables de prendre ce genre de mesures, elle a d'ailleurs déjà commencé depuis un bon moment. Cette crise sera probablement l'occasion rêvée pour certains d'aller encore plus loin.

Ecrire un nouveau commentaire :
Tous les changements seront sauvegardés. Aucun brouillon n'est enregistré pendant l'édition