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Opinion 5 min de lecture 4 Commentaires

Comment Mark Zuckerberg se défend-il face au Congrès des Etats-Unis ?

Mark Zuckerberg avait vu arriver l'orage mais c'est finalement un véritable tsunami qu'il doit essuyer. Le jeune chef d'entreprise doit désormais s'expliquer devant le Congrès des Etats-Unis mais cette situation, ultra médiatisée, est assez difficile à comprendre tant les opinions s'ajoutent aux faits. Faisons le point de la situation jusqu'à présent.

Que lui reproche-t-on précisément ?

Commençons par le commencement : qu'est-ce qui est reproché à Facebook ? Nous pourrions penser qu'il s'agit uniquement de la conséquence logique après la divulgation de "l'affaire Cambridge Analytica" mais la réalité est plus complexe.

D'une part, il s'agit bien évidemment du vol de données par l'entreprise désormais célèbre de Cambridge Analytica, une société connue pour avoir participé au financement de campagnes de candidats républicains (Ted Cruz pour la primaire de 2015, Donald Trump pour la présidentielle 2016). Cette entreprise est suspectée d'avoir utilisé les informations dérobées pour aider les candidats dans leur campagne. Notez que les premières dénonciations sur cette affaire remontent à 2016, et que Facebook cherche à découvrir si d'autres sociétés ont volé des informations.

D'autre part, il s'agit des innombrables informations que Facebook a obtenu sur les utilisateurs. De quelle manière sont-elles obtenues ? Comment sont-elles (ré)utilisées ? Bien des questions sont posées à Mark Zuckerberg, même le business model de la plateforme est remis en cause.

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Désinstaller Facebook permet d'éviter le problème, mais il n'est pas résolu pour autant. © shutterstock, AndroidPIT

Il doit donc s'expliquer devant le Congrès des Etats-Unis. Mardi, il s'est exprimé face au Sénat, aujourd'hui il doit passer devant la Chambre des Représentants.

Que retenir de son passage devant le Sénat américain ?

Si un an plus tôt certains américains pensaient que Mark Zuckerberg comptait se présenter à la présidentielle, ce scénario semble aujourd'hui compromis puisque ce même homme doit justifier des pratiques qui semblent beaucoup perturber le pays. 

Il avait reconnu le problème du vol de données de Cambridge Analytica bien avant de rencontrer les sénateurs mais dès le début de l'audience, il a montré encore une fois qu'il en assumait la responsabilité. Les sénateurs lui ont posé de nombreuses questions, en voici les éléments principaux :

  • Le business model n'est pas prêt de changer. En théorie, Facebook pourrait arrêter d'utiliser des données privées et devenir payant, mais cette idée est loin de plaire à son créateur. Zuckerberg veut que son réseau soit accessible à tous, et non aux plus riches.
  • Facebook obtient des informations sur ses utilisateurs de bien des façons. Il a indiqué ne pas utiliser le microphone pour espionner les conversations, par contre il n'a pas répondu précisément à la question visant sur le tracking effectué par Facebook sur la navigation de l'utilisateur, même si l'application de Facebook n'est pas ouverte. Il veut se renseigner auprès de son équipe pour en être certain.
  • Les conditions d'utilisation ne sont pas suffisamment claires. Ce point n'est pas nouveau, voilà déjà bien longtemps que les utilisateurs se plaignent du manque de clarté. Facebook avait d'ailleurs pris les devants la semaine dernière en actualisant ses conditions d'utilisation.  
  • Mark Zuckerberg explique que les données obtenues sur l'utilisateur ne sont pas vendues. Ces informations sont utilisées pour cibler les utilisateurs qui pourraient être utilisées par leur produit, mais les données restent en possession de Facebook.
  • La détection des Fake News reste une priorité

Qu'en penser ?

Facebook est un symbole. Nous trouvons là bon nombre des situations si chères aux américains : un homme du peuple qui, grâce à son intelligence, arrive à bâtir un des plus gros empires high-tech de l'histoire. Un American dream technologique. Le scandale de Cambridge Analytica a non seulement fortement perturbé l'action de Facebook mais aussi nuit à son image, ce qui s'est notamment illustré par les campagnes de suppression de comptes qui ont fleuri sur les réseaux sociaux ces derniers jours. 

Que peut dire Mark Zuckerberg ? Il reconnaît sa responsabilité dans le vol de données, ce qui ne change rien à la situation, et défend la position de Facebook vis à vis de l'exploitation des données personnelles. Il explique que des données personnelles sont enregistrées de manière plus ou moins claire et qu'elles sont utilisées à des fins publicitaires, ce qui est loin d'être nouveau. Il promet de régler les problèmes du réseau social, à savoir les Fake News et les innombrables problèmes de racisme/harcèlement etc à l'aide de l'Intelligence Artificielle, ce qui soulève beaucoup de questions mais ne restent au final que des promesses qui n'ont pas grand chose de nouveau. Quoi qu'il en soit, lorsque Mark Zuckerberg indique que l'on ne peut pas avoir de faux profil sur son réseau social, il perd vite en crédibilité.

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Avez-vous toujours autant envie d'utiliser Facebook ? © AndroidPIT

Certains sites mettent en avant le fait que le problème vient des utilisateurs et non de la plateforme puisque ce sont eux qui choisissent d'en abuser. C'est vrai, dans une certaine mesure, mais cela ne change pas les faits : la création n'est plus contrôlée par le créateur. Il y a tant à dire sur le sujet qu'une véritable thèse de sociologie serait nécessaire afin d'expliquer comment nous en sommes arrivés à cette situation, mais ce qui est certain c'est qu'il va être difficile de trouver un terrain d'entente qui plaise à tout le monde. Toute aussi regrettable est la décision ultra tardive des Etats-Unis de se pencher sur la question alors que le problème existe depuis déjà bien longtemps, malgré les sonnettes d'alarme tirées par l'Union Européenne.

Il est intéressant de voir l'ampleur de cette affaire. Comme souvent en technologie il semble qu'il n'y ait pas de juste milieu. Nous trouvons d'une part ceux qui font l'apologie de Facebook, acceptant sans problème le système des données privées comme financement, et raillant avec véhémence l'âge des sénateurs en l'associant avec une mauvaise connaissance de la technologie. D'autre part, les personnes plus conservatrices et moins intéressées par la technologie. Quoi qu'il en soit, l'audition de Mark Zuckerberg devant le Congrès des Etats-Unis a le mérite d'ouvrir le débat et de s'interroger sur le réseau social. Affaire à suivre aujourd'hui avec la Chambre des représentants.

Que pensez-vous des réponses de Mark Zuckerberg ?

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4 Commentaires

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  • PapounetUT depuis une semaine Lien du commentaire

    par contre il n'a pas répondu précisément à la question visant sur le tracking effectué par Facebook sur la navigation de l'utilisateur, même si l'application de Facebook n'est pas ouverte. Il veut se renseigner auprès de son équipe pour en être certain.

    Bien sur on va le croire.
    Il sait très bien ce que fait son application à 100 % même si elle est soit disant fermée.
    Il ne voudrait pas se poser en victime quand même.


  • Michel F. depuis une semaine Lien du commentaire

    Nous sommes quand-même une sacré bande d'hypocrites en lui reprochant maintenant ce qui était connu depuis bien longtemps. Lui demander la confidentialité de nos données c'est lui demander de se saborder, un point c'est tout. Et cela ne vaut pas que pour Facebook, je ne serai pas surpris si d'autres "scandales" voient prochainement le jour.


  • louis hory depuis une semaine Lien du commentaire

    Les réponses de Mark Zuckerberg relève de l'opinion d'un dirigeant d'une entreprise ultra-dominante qui veut d'abord montrer que la situation de son entreprise (Facebook) ne peut pas être un retour en arrière par rapport aux engagements initiaux non tenus et devenus depuis longtemps inacceptable.
    Il faut se rappeler qu'il voulait au départ faciliter les échanges amicaux entre tous les membres de l'humanité.

    Il a cherché à masquer au maximum son arrogance et plaide pour une erreur malheureuse et malencontreuse pour laquelle le système de captation de données personnelles ne peut être que la seule possibilité pour faire vivre ce système.
    En fait, il met les pouvoirs administratifs et politiques devant le fait accompli en expliquant qu'il ne peut en être autrement tout en faisant de la contrition typiquement américaine.

    Les loups ne se mangeant pas entre eux, finalement, il ne craint pas grand chose dans ce système qui ne respecte que les plus puissants : faible avec les forts et fort avec les faibles. Le temps des contre-pouvoirs puissants aux États-Unis comme ceux qui ont évincé R. Nixon est bien terminé... malheureusement pour tout un chacun.

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