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Civilization: un classique de presque 30 ans et pas une ride

Civilization: un classique de presque 30 ans et pas une ride

Conçu à l'origine par le développeur de Sid Meier, Civilization est un jeu de stratégie apparu en 1991. La première version est sortie pour MS-DOS. En presque 30 ans et six épisodes principaux, la série Civilization s’est imposée comme l’un des jeux vidéo les plus acclamés. Une vache sacrée en quelque sorte. Petit retour sur l'histoire et les succès du plus grand des jeux de stratégie.

Pour ceux qui ne sont pas familiers de Civilization, voici rapidement le descriptif qu'affiche le jeu vidéo sur sa page officielle :

Civilization est un jeu de stratégie au tour par tour qui vous met au défi de bâtir un empire capable de résister au passage du temps. Guidez votre civilisation de l'âge de la pierre jusqu'à l'âge de l'information pour régner en maître sur la planète. Pour édifier la plus illustre de toutes les civilisations, vous partirez en guerre, conduirez des négociations et ferez progresser votre culture, tout en vous efforçant de tenir tête aux plus grands dirigeants de l'histoire.

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Civilization IV / © AndroidPIT

La Fin de l'histoire....

Le jeu vidéo Civilization a presque toujours été un plaisir de joueur PC ou Mac avant son développement pour smartphones et tablettes. Petit rappel. Nous sommes en 1991, à la "pré-histoire" dirons certains. Les jeux vidéos n'avaient pas la place dans la société qu'ils ont aujourd'hui et le web n'existait pas encore vraiment. A l'époque, les ordinateurs fonctionnaient avec MS-DOS et c'est tout naturellement que la première version de Civilization est sorti sous format disquette pour ce système d'exploitation. S'inspirant du jeu de société du même nom conçu par Francis Tresham et publié au Royaume-Uni en 1980, ce jeu de stratégie s'inscrivait dans un panorama où les jeux de gestion, à l'instar de SimCity sorti en 1989, connaissaient les faveurs du public.

149468 st article900 1Civilization 1 - Civilization 2  / © Spielbar.de

Nous étions alors à la fin de la Guerre Froide, juste après la chute du mur de Berlin et au temps où l'idée de la "Fin de l'histoire" de Francis Fukuyama célébrait la victoire du libéralisme politique et économique sur le modèle communiste incarné par la défunte Union Soviétique. En 1991, on parlait encore de "grands modèles de civilisation" et l'on croyait encore que l'histoire avait un sens. La première version se fit écho de ces croyances en reprenant le vieux concept de "civilisation" au sens du 19ème siècle (déjà utilisé par le jeu de société de 1980 avec qui le jeu vidéo partage le même principe) qui envisage la "civilisation" comme un idéal à atteindre et comme un processus de transformation de la société vers cet idéal. L'importance donnée à la colonisation impérialiste en est ici le principe actif.

Le temps de la connectivité

L'année 1995 demeure l'une des dates les plus importantes de l'histoire de la technologie. Les progrès technologiques se multiplient alors en pleine Amérique triomphante sous la présidence de Bill Clinton,  On retient surtout la sortie de Windows 95 qui connut un réel succès et, devint, un an après sa sortie, le système d'exploitation le plus populaire jamais conçu. C'est à cette époque que l'on commença à travailler sur des prototypes d'intégration avec le web à l'instar du Windows 98 qui devint le premier système d'exploitation orienté pour un usage d'Internet. 

windows 95
Windows 95 / © qz.com

Sid Meier se fit écho de cette recherche de connectivité et sortit en 1995 une version de Civilization multi-joueurs sous le nom CivNet (nom complet : Sid Meier's CivNet). Cette refonte permettait de jouer via un réseau local (LAN), par modem, par câble reliant les ordinateurs ou en hotseat. Alors que le jeu pouvait auparavant être joué sur Amiga (1992), Atari (1992) ou Super Nintendo (1994), cette version fut exclusivement destinée aux systèmes d'exploitation Windows 3.1 et Windows 95. Pour la première fois surtout, le son et les graphismes étaient capables de créer un vrai décor qui vous faisait vivre une véritable expérience de jeu. 

Le succès planétaire

La deuxième version de la saga est sortie un an après la version multi-joueurs. Malgré le départ de Sid Meier de la franchise, Civilization II connut un succès planétaire à l'heure où le web permettait aux communautés de joueurs de mieux s'organiser. Sorti en 1996 puis traduit en français en 1997, ce jeu pour Windows fut par la suite adapté pour Playstation et Mac. Mis à jour au tournant des années 2000 pour être compatible pour Windows XP, ce numéro proposa pour la première fois une personnalisation du monde, accorda une énorme importance au développement des villes et présenta les grandes civilisations principales dont certaines n'ont pas quitté le jeu depuis : Romains, Babyloniens, Allemands, Egyptiens, Américains, Grecs et Indiens.

Cette version consolida le principe de victoire par conquête (en gros, la destruction des autres civilisations), par victoire technologique (une navette spatiale vers le système Alpha Centauri) et par degré d'évolution des civilisations (urbanisme, économie, satisfaction, construction des Merveilles du Monde, satisfaction des citoyens, etc.). A l'aube du 21ème siècle, Civilization II exploitait ainsi la croyance dans l'idée de croissance absolue (on est bien avant le temps de Pierre Rabhi ou autres prophètes de la décroissance) et témoigne de l'optimisme à l'époque face à l'avenir. Pour rappel, cette version incluait la notion de diplomatie et offrait la possibilité de créer des ambassades auprès des civilisations amies ou rivales. 

L'heure d'Internet et de la globalisation

Peu de jeux vidéos incarnent autant leur époque que Civilization III. Sorti en 2001, cette version est la première à inclure la plupart des acteurs de la diversité et de la globalisation triomphante du début de siècle. Celle-ci revisite pour se faire le vieux concept de "civilisation" du monde non-occidental et sort de l'étiquetage habituel en terme de culture ou degré de développement (la légitimité acquise qui justifie le fait de se voir appeler "civilisation"). Désormais pour les développeurs du jeu, les Iroquais, les Perses, les Zoulous ou encore les Aztèques sont des civilisations au même titre que les Français, les Anglais ou les Russes. Cependant, toutes les civilisations dans le jeu ne sont pas logés à la même enseigne puisque chacune d'entre elles possèdent attributs prédéterminés qui lui donnent des bonus particuliers.

Le jeu s'inscrit ici dans une vision économique qui privilégie la captation des ressources stratégiques afin de se développer. Les joueurs ont par exemple besoin de fer pour construire des épéistes ou des produits de luxe afin d'améliorer la satisfaction de la population. Le jeu met aussi l'accent sur la nécessité et l'importance des routes commerciales. Miroir d'une globalisation qui développait les échanges et les réseaux de communication (aéroports, routes, lignes de train pour la France) au moment de sa sortie, Civilization III peut de ce fait être appréhendé comme un produit de la culture économique dominante à l'époque. Petit détail intéressant : le fait d'être à la tête d'une démocratie n'est plus dans cette version un obstacle à la guerre.

La globalisation et ses remises en question

Sortis en 2005 et en 2010 respectivement, Civilization IV et Civilization V sont sortis dans le monde post-11 septembre 2001. La guerre en Irak puis la crise économique de 2008 ont ici marqué l'univers des développeurs. Sur le fond, les principes restent les mêmes. Cependant, ces deux versions amorcent un virage critique de leur époque.

Civilization IV offre toujours différentes options pour remporter la partie:  la victoire militaire, contrôler deux tiers de la superficie et de la population mondiales, construire un vaisseau spatial à même d'atteindre Alpha Centauri ou avoir des Points de Culture. Mais la grande nouveauté reste la possibilité de remporter le jeu en étant élu le leader de l'Organisation des Nations Unies (ONU). Pour ceux qui avaient oublié, les Etats-Unis sont rentrés en guerre en Irak le 20 mars 2013 sans avoir reçu l'aval des Nations Unies, provoquant au passage une série de crises diplomatiques (si vous avez le temps, écoutez le discours de Villepin, on parle de civilisations et autres thèmes). Civilization IV comme critique de l'expédition américaine menée par George W.Bush ? A vous de juger.

Quant à Civilization V, le jeu est sorti pour Windows, Mac et Linux. Pour la première fois, les développeurs font appel à l'intelligence artificielle pour favoriser la multiplicité des scénarios et rendre l'affrontement contre l'ordinateur plus attrayant voire difficile (demande des joueurs de longue date où je m'inclus). Cette version marque surtout un tournant "social" dans l'ombre de la crise de 2008 et les ravages socio-économiques advenus. Désormais, les joueurs peuvent remporter la victoire en mettant en place des systèmes de politiques sociales. Le joueur a la possibilité "d'acheter" des doctrines sociales en échange de points de culture. Celles-ci servent dans le jeu à mener à terme votre projet de civilisation. Les politiques sociales apparaissent alors au fur et à mesure de l'histoire à l'instar de la liberté durant l'antiquité ou l'égalité durant la révolution industrielle.

L'espace n'a plus de limite

Ce volet est le plus original et le plus décentré de la saga. Sortie le 24 octobre 2014 sur Windows, et plus tard sur OS X et Linux par Aspyr, ce jeu se situe dans le futur avec la possibilité pour l'humanité de voyager dans l'espace et de fonder des colonies sur des exoplanètes. Dans cette version de science-fiction, il ne s'agit pas de conquérir mais de coloniser. Vous avez ici la possibilité de jouer avec différentes colonies telles que la Franco-Ibérie, American Reclamation Corporation (ARC) ou encore Brasilia.

Le jeu reprend ici le thème anthropologique de la conquête spatiale. Il poursuit son projet initial de la conquête spatiale comme symbole de la victoire technologique d'une civilisation. Présent dès Civilization II, ce thème fait écho bien évidemment aux programmes de la NASA (on pense au vol lunaire) mais également au début de la médiatisation sur internet des vols et de la vie dans la Station spatiale internationale. 

Le présent : Civilisation VI

Sorti en 2016, Civilisation VI est le premier jeu de la saga pouvant être joué sur tout type de supports : PC, Mac, tablettes, iPad, smartphones, Nintendo Switch, Playstation 4 ou encore Xbox One. Je vous laisse le soin de le découvrir. J'y joue moi-même et je trouve qu'il fait une très bonne synthèse de toutes les versions précédentes. Il y a encore une fois plusieurs manières de remporter la partie : victoire militaire, victoire culturelle, victoire scientifique, victoire religieuse et victoire diplomatique. A différence des autres opus, il existe également une victoire au score qui dépend d'une limite de tours, définie par le joueur au lancement de la partie. Ceci était une demande des membres des communautés de fans.

Vous pouvez télécharger Civilization VI sur les plateformes suivantes :

Conclusion

Qu'est-ce qui fait qu'un jeu devient un mythe ? Civilization fait partie de la liste des jeux qui ont connu l'évolution de la technologie. De nombreux utilisateurs de ce jeu sont passés en presque 30 ans de jouer sur MS-DOS à l'écran de leur puissant iPhone 11. La saga mérite qu'on s'y attarde. Elle est le reflet de la notre époque et elle retrace aussi un peu indirectement notre histoire récente (je parie que la pandémie COVID-19 aura son effet sur les prochaines versions). Sa force est certainement due au fait que la passion pour ce jeu se transmet au sein des familles au même titre que pour Mario Bros (1983) ou FIFA. C'est peut-être cela qui fait qu'un jeu devient un mythe : des souvenirs partagés et plein de nostalgie. 

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