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Eduard Khil, alias Monsieur Trololo : mort de rire ?

Les voies du Net sont impénétrables. Âgé de 77 ans, Eduard Khil s'est éteint dans la nuit du dimanche 3 juin des suites d'une attaque cérébrale. Rebaptisé Monsieur Trololo, ce crooner russe des 60s, à la carrière remarquable, avait gagné une toute nouvelle popularité grâce à Internet et aux réseaux sociaux. Rendons hommage à une star du web pas comme les autres.

Le cas Eduard Khil est passionnant, car il illustre bien l'époque virale étrange dans laquelle nous vivons, où n'importe qui peut être projeté sous les feux des projecteurs en l'espace de quelques jours, pour le meilleur mais bien souvent pour le pire. Khil est cependant entouré d'une douce aura nostalgique qui rend la parodie bienveillante.

Sa carrière débute dans les sixties en Union Soviétique. Il est alors un dandy enjoué, à la voix de baryton et au style impeccable qui tranche drastiquement avec les icônes mondiales du moment, les Beatles et autres Rolling Stones. Sauf que le contexte historique russe est bien loin de la révolution sexuelle qui se propage en Europe de l'Ouest et aux Etats-Unis et que les valeurs que Khil véhicule, légèreté et allégresse, donnent espoir à tout un peuple en crise, tentant de survivre à l'ère post-stalinienne et à la politique de Brejnev qui impose toujours plus de rigueur à un pays déjà sclérosé. Eduard Khil finit par tomber dans les oubliettes de la mémoire dans les années 80.

 

 La célébrité tient à peu. En 2009, quelqu'un poste sur Youtube une chanson ultra kitsch de Khil, « I'm glad because I'm finally returning home ». Dans ce clip, on voit le crooner vêtu d'un costume marron évoluer dans un décor jaune moutarde et émettre des roucoulades qui lui valurent le surnom de Monsieur Trololo. Très vite, parodies, détournements, blagues, clin d’œil déferlent sur la Toile. Mon interprétation préférée restera sans doute celle de Christoph Waltz, Palme d'Or pour son rôle de chasseur de juifs dans l'Inglourious Basterds de Tarantino, qui reprend dans les moindres détails la célèbre chanson.

 

C'est son petit-fils qui lui apprend sa popularité incroyable sur Youtube : sa vidéo a alors été vue des dizaines de millions de fois et se partage sur les cinq continents à une vitesse folle. Devenu star du web malgré lui, Eduard Khil était avant tout surpris de ce nouveau statut mais a accepté avec grâce les hommages qui lui ont été faits. La Russie toute entière était fière de compter dans ses compatriotes une idole mondiale et sollicitait fréquemment sa présence, à travers des programmes télévisuels ou des concerts dont il était la tête d'affiche. Ma collègue russe Nina, qui a vécu à Saint-Pétersbourg, me racontait qu'à la fin de sa vie, des établissements branchés lui proposaient de se produire sur leurs scènes, et que de jeunes gens issus de la génération Internet venaient l'applaudir, sans ironie aucune.

A l'annonce de sa mort, les réactions pleuvent sur Facebook, Twitter, Youtube. Des gifs, des jpegs se créent, saluant son travail et son image. Preuve ultime que le web reconnaît ses mèmes.

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