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Hommage à Roland Moreno, inventeur de la carte à puce (mais pas que)

Roland Moreno m'a toujours accompagnée. Je l'ai rencontré très tôt, vers 6 ans, quand j'ai commencé ma collection de cartes téléphoniques et il ne m'a plus quittée depuis. Obsessionnelle que je suis, j'ai au cours des années amassé des dizaines de centaines de puces. Et puis les portables sont arrivés et ont signé l'exécution des cabines téléphoniques.

Qu'à cela ne tienne, la carte SIM, toujours signée Roland, est entrée avec fracas dans nos quotidiens. On lui doit aussi : la carte régulant de l'argent invisible, la carte de santé Nécessaire ou encore le passe électronique pour voguer dans les mégapoles. Mais pas que : inventeur à mi-chemin entre l'Inspecteur Gadget et le Professeur Tournesol, il s'était mis en tête de réenchanter nos quotidiens avec ses étranges machines.

C'est avec une immense émotion que j'ai appris la mort de Roland Moreno le 29 avril dernier, emporté à 66 ans par une embolie pulmonaire. Ceci est mon hommage à un grand homme délicieusement fou.

« Un jour, j'ai ajouté des robinets de baignoire sur un magnétophone »

Je me demande ce que répondait Roland Moreno quand on lui demandait, lors de dîners mondains « alors, c'est quoi votre métier ? ». Inventeur ? Car oui, Roland Moreno est avant tout un inventeur. En 1956, alors qu'il n'a que 10 ans, il met au point un petit orgue en démontant des postes de radio et des amplis. Toute sa vie sera alors consacrée à la création d'objets plus farfelus les uns que les autres, comme la Matapof, pour tirer à pile ou face, la machine à lancer des billes, l'egglift, pour égoutter les œufs ou encore le radoteur, pour créer de nouveaux mots suivant un algorithme.

(Source photo : Libération)

Mais bien sûr, l'invention qui apporta gloire et succès à Moreno, c'est la carte à puce. Mise au point en 1974, elle est brevetée une année plus tard sous le nom de code TMR, soit Take the Money and Run, en référence au film de Woody Allen. Via sa société Innovatron, à l'origine dédiée à la vente d'idées, il porte ce projet, dont il assure avoir eu l'idée en dormant, et qui deviendra un succès incontournable dès 1984 et l'installation des cabines à cartes sur l'hexagone. Cartes bancaires, puis cartes SIM et cartes Vitale, on ne peut plus imaginer notre quotidien sans la patte Moreno. Et pourtant, l'homme est plus poète qu'affaires.

Plus Boris Vian que Bill Gates

Car douce ambivalence, Roland est un Boris Vian de cœur, bien décidé à colorer notre quotidien. Il aurait pu exploiter son invention pour en tirer des millions, il a préféré continuer son parcours atypique, écrivant des livres, à l'image de son chef d’œuvre de poésie, « La Théorie du Bordel Ambiant » ou s'intéressant de près à l'art et à la musique comme avec les Célimènes, qui superposent mélodie et texte littéraire.

Tombée dans le domaine public en 1999, la carte puce, peu à peu remplacée par la technologie NFC, ne disparaît pas pour autant et prend aujourd'hui une nouvelle direction, celle des cartes sans contact, comme pour le passe Navigo.

Roland n'est pas entré dans le musée Grévin, qu'il évoquait non sans humour comme une « formidable considération » lors d'une interview pour France Soir. Promu Officier de la Légion d'Honneur en 2009, il a gagné sa place dans les grands dictionnaires, le Trivial Poursuit, les poches de gens du monde entier et dans nos mémoires.

Aujourd'hui, je pleure sa perte.

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